jeudi 4 août 2011

Les Indiens et tout le reste

Je viens de le terminer. 
Le livre qui aura troublé mon été.
C'est l'histoire d'Emil, un petit Roumain de treize ans qui vit à Turin en situation irrégulière et qui part à la recherche de son artiste de grand-père, à travers l'Europe.
Dit comme ça, ça n'a l'air de rien, et pourtant il y a tout, dans ce livre. La vie en pointillé et en danger de ces enfants-là, leur parachutage dans un monde d'adultes beaucoup trop tôt, beaucoup trop brutalement, beaucoup trop crûment. 
Un véritable western des années 2000, empreint de la poésie et de la naïveté de l'enfance.
"J'avais dit en mon for intérieur: Si tu me fais retrouver la balle, je jure que je dirai non à chaque fois que Mihai m'invitera à aller jeter des pierres sur la cloche de l'Eglise Noire, même si c'est la plus grande de toute la Roumanie. Et je ne parlerai plus jamais de ce que tu sais avec Vior. Et quand il me dira "regarde", moi je m'en irai. Je le jure. J'avais fait quatre fois le signe de croix, pour que ça marche mieux. Puis je m'étais allongé sur le sol, en posant ma joue sur le carrelage humide, et j'avais fermé un oeil. La silhouette évanescente de la balle m'était apparue immédiatement, trouble entre les moutons de poussière, derrière le pied du buffet.
J'avais pensé: Dieu existe.
Mais quand j'avais prié encore plus fort pour qu'il ne laisse pas ma mère mourir et qu'avant l'aube, pourtant, elle avait soufflé par le nez comme si elle était enrhumée et qu'elle n'avait plus pu bouger, alors j'avais compris que Dieu était un manipulateur, qui n'existait que quand ça lui chantait."
J'aurais pu te faire goûter plein d'autres parts de ce bel ouvrage, parsemées de jolis et difficiles mots, parce qu'Emil, il recopie et apprend les mots qu'il trouve beaux et compliqués quand il les lit ou les entend.

Je ne le répéterai pas: ce livre est un bijou.

Pendant le reste du voyage, j'ai tiré sur les Indiens, Fabio Geda, éditions Gaïa, traduction Augusta Nechtschein

mardi 2 août 2011

Le cri des feuilles qui meurent

C'est toute la douleur, la poussière et la dureté de l'Afrique.
Toute la chaleur aussi.
Et tout l'espoir.

Le cri des feuilles qui meurent, Libar M. Fofana,  éditions Gallimard, collection Continents Noirs


jeudi 14 juillet 2011

Ne maudissons pas ce M-là

J'ai toujours apprécié le côté auteur compositeur interprète poète fou furieux de Mathias Malzieu. Je n'avais jamais ouvert ses livres. Je les avais tâtés, soupesés, retournés, mais je ne saurais pourquoi, jamais ouverts.
Jusqu'à hier.
De la féerie de l'extraordinaire de la poésie à chaque page. Que ça ne s'arrête pas se dit-on avec des mélodies plein la tête et des étincelles plein les yeux. 
Ses livres sont aussi lunaires et électriques que ce petit homme, ils ont aussi sa maladresse qui leur donne un côté attendrissant.
























Le côté sombre de la vie y est palpable à chaque mot, mais on a l'impression qu'on peut le chasser d'une  pichenette, avant de se le reprendre en pleine face. J'aime beaucoup cette idée de faire la nique à la dureté de la vie bien qu'on sache très bien qu'au final c'est elle qui l'emportera.

"Joe est mort en tombant d'un arbre. Il avait trente-cinq ans et il grimpait dans les arbres depuis toujours. Jamais il n'était tombé. 
Il s'est penché pour attraper un écureuil, il est tombé, tête le première, mort sur le coup.
Maintenant qu'il est fantôme, il s'amuse à tomber des arbres de bien plus haut que le jour de sa mort et ça ne lui fait plus rien.
Seulement, ça le rend un peu nostalgique et il se met à traiter les écureuils de "connards d'écureuil de merde".
Extrait de 38 Mini Westerns (avec des fantômes) 


La Mécanique du Coeur est un album qui accompagne le livre qui porte le même titre.
Un conte en mots et musique dont on peut se délecter sans modération.

 38 Mini Westerns (avec des fantômes)  et La Mécanique du Coeur, Mathias Malzieu, éditions J'ai Lu 

vendredi 8 juillet 2011

Fil de lecture #1

Entre le chaperon rouge et le loup, c'est fini, et Entre Dieu et moi c'est fini, Katarina Mazetti, éditions Babel, traduction Max Stadler et Lucile Clauss 

mercredi 6 juillet 2011

Dans l'tiroir

Si quelqu'un a lu ce livre: Polichinelle de Pierric Bailly, je veux bien une explication de texte. 
Je n'ai rien compris, ni au style, ni à l'histoire. Enfin l'idée principale, des jeunes qui s'emm... pendant les grandes vacances ça va, ce sont les digressions qui m'ont laissée totalement sur la touche. Je n'ai pas vu où ça allait, ni d'où ça venait.
J'ai eu l'impression d'avoir pris un truc de fou et de lire des mots les uns après les autres sans arriver à les connecter entre eux.
Je suis plutôt une adepte de style originaux, mais là...



















Polichinelle, Pierric Bailly, éditions P.O.L

mercredi 29 juin 2011

Atmosphère dégradée

Ce matin, ça commençait bien, une jolie chanson de Barbara dans la tête, je mets un CD pour entendre sa belle voix. 
Je chantonne, il faut que j'aille faire les courses seule pour la première fois depuis décembre. J'ai dit que j'essaierais. J'y vais, pas très fière. Les vraies courses. Deux heures et demies plus tard, je suis de retour. Une heure de plus que la normale, et pas facile. Mais c'est fait. 
Je range ce qui doit être mis au frais, et je reprends mon livre: L'envoûtement de Lily Dahl.
L'espèce de malaise qui m'avait poussé du coude pendant les courses revient. Une atmosphère pesante. Exacerbée par ce livre. Pesant aussi. On est si près de cette Lily que nos journées un peu désappointantes se rejoignent. Alors je lis pour faire fi de cette oppression. Mais qu'est-ce qui se prépare de si terrible pour que le ressente déjà alors qu'il fait si beau et qu'à première vue tout va bien. Je ne néglige pas mes antennes, elles ne m'ont jamais trahie.

Alors je crois que j'ai beaucoup aimé ce livre, les rapports profonds mais si particuliers entre les personnages, le texte (traduit), la peinture, j'ai l'impression de l'avoir vue...Mais il n'a pas choisi le bon jour pour me faire de l'oeil.







L'envoûtement de Lily Dahl, Siri Hustvedt, éditions Actes Sud, traduction Christine le Boeuf

vendredi 24 juin 2011

Brrr l'Islande

Il est des livres dont on sait dès qu'on les a dans les mains qu'ils nous mèneront au bout du monde. Jon l'Islandais, c'est encore plus.
On fait sa connaissance alors qu'il est âgé de sept/huit ans et on le suit jusqu'à la fin de sa vie. Et quelle vie. Une vie d'enfant esclave enlevé à sa terre d'Islande pour être au service de la bourgeoisie de Bristol. Son seul objectif: retrouver sa mère.
On est au XVème siècle. Il n'y a que la mer pour partir.  Et on le suit, la marine de l'époque, le bouche à oreille qui dit qu'un Christophe Colomb de Gène a découvert les Indes. Ceux qui y croient. Ceux qui n'y croient pas. Ceux qui, comme Jon  en rêvent. Et sa vie, ses amours, ses ivresses, ses batailles, ses déceptions; on oublie parfois qu'au XVème siècle des hommes et des femmes vivaient, et mouraient, de la peste, de faim, de froid.  On les voit en peinture, on omet de les imaginer en chair et en os. 
C'est ça, Jon l'Islandais, les gens du XVème en vie.

Jon l'Islandais, Bruno d'Halluin, éditions Gaïa

mercredi 22 juin 2011

ARRRRGH

L'impossible est arrivé. J'en suis toute retournée. Je culpabilise presque, alors qu'au fond je n'y suis pas pour grand-chose. Ou peut-être que si. Non. Je n'ai pas aimé un livre de Philippe Claudel. Oui ça se peut un truc comme ça. 

L'Enquête, ça s'appelle. Je n'ai rien compris, je m'en veux un peu, mais je ne réessayerai pas, j'ai détesté le style aussi. D'habitude je me plais dans l'absurde. Cette fois non. 
Une Enquête menée par un Enquêteur. Les Méchants, les Gentils. Le Policier, le Vigile, le Guide, l'Entreprise. L'idée m'avait pourtant alléchée,  un homme dépêché au sein d'une grande entreprise afin de tenter de comprendre la ou les raisons qui pousse(nt) bon nombre de salariés au suicide.
Je suis vraiment déçue Monsieur Claudel de ne pas avoir pu vous suivre dans cette aventure-là.
A la prochaine.


L'Enquête, Philippe Claudel,  éditions Stock

lundi 6 juin 2011

Y a des livres...

...qui ne laissent personne indifférents. Il semble que Le goût des pépins de pommes soit de ceux-là. 
A chaque page on a envie de se vautrer dans les hautes herbes, de jouer à cache-cache, de manger des groseilles, d'être cruel avec les petits pour mieux leur pouffer au nez la seconde qui suit, de s'asseoir dos au tronc du pommier, de manger tard sur la terrasse.
A peine terminé, on a envie de le relire.
Attention les garçons, je vous préviens quand même que c'est un livre de filles! Et bizarrement, je suis tombée dedans, ce qui m'arrive très rarement avec les livres de filles. 
Il faut dire que pour un livre de filles il est sacrément poétique plutôt qu'à l'eau de rose, il est sacrément réaliste plutôt que conte de fées, il est sacrément profond plutôt que superficiel, alors lisez-le aussi les garçons, peut-être que vous aurez ainsi aussi envie de croquer les pommes.

Le goût des pépins de pommes, Katharina Hagena,  éditions Anne Carrière, traduction Bernard Kreiss

dimanche 5 juin 2011

Crimes exemplaires

Un rendez-vous en ville à Brest. Un peu de temps avant de retrouver les gens qui m'y avaient emmenée. Quelques minutes à regarder les enfants jouer avec les jets d'eau. Descendre la Rue de Siam, jusqu'à la librairie. 












Et tomber sur un bijou, une réédition des Crimes exemplaires de Max Aub.
Il s'agit d'un recueil de confessions de criminels absolument délicieux de cynisme et de drôlerie. Quand l'absurde devient le quotidien, on ne sait plus très bien s'il faut en rire ou en pleurer. Moi j'ai ri.
Max Aub était contemporain et ami de Picasso, Dàli et Bunuel. L'esprit du surréalisme est là, dans ces lignes sorties pourtant tout droit de la  réalité.

Crimes exemplaires, Max Aub, éditions Libretto, traduction Danièle Guibbert
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