samedi 8 juin 2013

Mange, tu ne sais pas qui te mangera

C'était un samedi d'avril. Il aurait pu faire beau. Il tombait des cordes. Des seilles. 
Tu attendais, attablée contre la vitrine d'un bistrot. Tu avais un petit livre glissé dans ton sac. Un café insipide posé devant toi. Pour en passer le goût, tu as pris le livre.

Tu avais lu Le Pingouin, tu t'attendais alors à quelque chose de saugrenu. Tu ne fus pas déçue. Tu dégustas cette cinquantaine de pages. Attablée, à savourer les plats décrits au fil des pages, tu en oublias ton café, qui ne méritait pas meilleur sort.

Il te fallut demander un verre d'eau pour faire passer le goût de la fin. Pour le goût du café, il était trop tard.

Truite à la slave, Andreï Kourkov, éditions Liana Levi - Piccolo


jeudi 6 juin 2013

Muratti

Je me suis décidée à lire Laurent Gaudé il y a peu. Je ne sais pas ce qui me retenait. Je sais juste que j'aurais dû me laisser faire avant.
J'ai lu Ouragan. Il m'a fait un effet tel que j'ai bien été incapable d'écrire quoi que ce soit à son propos. Les personnages m'ont bouleversée, j'avais l'impression de pouvoir les toucher, je me suis totalement laissée happer par cette écriture.

Et puis j'ai pris entre mes mains Le soleil des Scorta.

Tu te souviens de mon émotion à la lecture du Coeur Cousu de Carole Martinez, je l'ai retrouvée intacte dans ce soleil-là.

J'ai senti la chaleur et la rudesse du soleil de plomb du sud de l'Italie, j'ai senti le poids de tous les secrets peser sur mes épaules, j'ai senti les parfums et les odeurs, les parfums des oliviers, les odeurs de tabac et de sueur, j'ai entendu craquer la croûte du pain et claquer les talons des enfants dans les ruelles.

Et j'ai vu. J'ai vu ces hommes et ces femmes s'aimer et se détester, j'ai vu les ombres se faufiler, j'ai vu les rayons du soleil traverser les vitraux de l'église.

J'ai tout vu. J'ai presque tout entendu.

Je ne dirai rien.







"Lorsque le soleil règne dans le ciel, à faire claquer les pierres, il n'y a rien à faire. Nous l'aimons trop cette terre. Elle n'offre rien, elle est plus pauvre que nous, mais lorsque le soleil la chauffe, aucun d'entre nous ne peut la quitter. Nous sommes nés du soleil. Sa chaleur, nous l'avons en nous. D'aussi loin que nos corps se souviennent, il était là, réchauffant nos peaux de nourrissons. Et nous ne cessons de le manger, de le croquer à pleines dents.
[...]
Nous sommes les mangeurs de soleil." 

Le soleil des Scorta, Laurent Gaudé, éditions Actes Sud
 

lundi 3 juin 2013

No comment

C'est l'histoire d'un banc. 
Ce sont 325 planches de traits purement poétiques.
C'est un banc éminemment politique.
C'est un banc.
C'est un peu de bois et d'acier.



       

Un peu de bois et d'acier, Chabouté, éditions Vent d'Ouest                                                                                           

vendredi 31 mai 2013

Des fourmis dans la bouche

Comment écrire la condition des femmes émigrées sans pathos et en se riant des clichés. Khadi Hane sait le faire de belle manière. Ce texte est la clé d'un monde pétri d'humanité et d’inhumanité, de couleurs et tellement terne, d'amour et d'obligations, de ferveur et de désespérance.

Marché de Château-Rouge/Crédit photo internet















 "Loin de l'avouer, il se mit aussi à prophétiser, comme tous les pauvres d'Afrique pour qui la faim est juste une histoire de fatalité. Lui aussi évoqua ce sacré paradis, où l'on ne manquerait de rien. Mais c'était sur terre que j'attendais l'aide de Dieu."

Des fourmis dans la bouche, Khadi Hane, éditions Denoël

dimanche 19 mai 2013

Je ne comprends rien aux succès littéraires

A sa sortie je lui avais échappé. A la bibliothèque je l'avais laissé de côté. 
Méfiante, j'étais. Méfiante j'aurais dû rester. Il m'a eue à l'usure. Un moment de faiblesse et il a sauté dans mon panier.
C'est le pélican de la couverture qui m'a fait de l'oeil (c'est pour ça aussi qu'il plaît à Barnabé). Tu connais mon faible pour les oiseaux...et pour les pélicans en particulier (j'étais fan de Petzi quand j'étais petite, et je rêvais d'avoir un pélican comme Riki). 
Ceci étant, le pélican est mon personnage préféré de l'histoire, juste parce qu'il ne peut pas blairer le narrateur.
Attention, ce n'est pas totalement nul hein, je n'ai pas dit ça, j'ai même un peu ri sans faire exprès quelques fois, mais de là à en faire tout un plat!
Si tu veux savoir, c'est un livre loufoque, en moins bien; c'est un livre burlesque, en moins bien; c'est un livre bien écrit, en moins bien; c'est un livre court, en moins bien; c'est un livre américain, en moins bien; c'est un bon livre, en moins bien.
C'est quoi le titre déjà?

En moins bien, Arnaud Le Guilcher, éditions Pocket

mercredi 15 mai 2013

mardi 14 mai 2013

Even


Tu commences ce livre sans rien savoir, ou presque. Très vite tu comprends que tu ne t'en tireras pas comme ça. Très vite tu piges que ce texte-là, les images qu'il te fabrique, ces personnages-là, tu n'es pas prête de les oublier. 
Sûrement que tu ne les oublieras jamais, d'ailleurs.
Dire que tu as failli passer à côté. Dire que tu pensais que tu n'aimerais pas.
Faut pas exagérer non plus, cela n'a pas été un moment de plaisir, ça t'a pris un dimanche, le début au soleil (si si) dans un transat, avant de migrer dans ton lit pour terminer une lecture indélébile. Parce que la trace elle reste. L’atmosphère spéciale qu'elle a donnée à ce dimanche. Le malaise persiste, deux semaines plus tard. Parce qu'il t'a fallu deux semaines pour arriver à écrire ton ressenti. 
Deux semaines pour te rendre compte que tu ne sais pas si les personnages avaient un nom, mais tu les vois très bien déambuler, tu les sens, tu as envie de couvrir l'enfant de tes bras pour le protéger de ce froid qui l'engloutit, tu as été heureuse et savonneuse avec eux lorsqu'ils ont trouvé de quoi se laver.
Il est des "livre-trace".
La Route en est un, et de belle envergure.

La Route, Cormac McCarthy, éditions Points Poche, traduction François Hirsch

Sales gosses et mauvais parents / Sales parents et mauvais gosses

Parmi les dernières propositions de Masse-Critique de Babelio, je n'avais coché qu'un seul livre exceptionnellement, parce que c'était celui que je voulais absolument recevoir.
Tout rouge, le titre accrocheur, je ne pouvais qu'être attirée par Le gros RALbum de tous les y'en a marre!


J'avais imaginé des y'en a marre de ne pas avoir le droit de gratter dans son nez, y en a marre de ne pas pouvoir mettre mon short préféré en hiver, y en a marre de ne pas pouvoir manger du ketchup à tous les repas... un truc un peu drôle avec un vrai regard d'enfant. 
Et j'ai tourné les pages d'un album dans lequel les parents n'écoutent pas leurs enfants, ne les laissent pas terminer une page d'un livre au moment de passer à table quand ils ne les menacent pas de devenir balayeur...


Je doute que le balayeur cité le soit dans le sens poétique de ce  balayeur-là: 

Les papiers by Tetes Raides on Grooveshark

Tu comprendras que je n'ai pas adhéré aux "marre que Maman préfère s'occuper du ménage plutôt que de moi" et autres "marre d'être traité devant tout le monde à la maison ou en classe: bon à rien, nul, tête de mule, tête de lard."

Il ressort bien évidemment des vérités de ce petit livre rouge, je ne suis pas naïve au point de croire que tous les parents ont toujours de la patience et pèsent leurs mots avant de répondre à leur progéniture, je sais bien qu'il n'est pas possible d'avoir un éléphant ou un crocodile à la maison même si c'est le rêve absolu de petit dernier et je sais aussi que malheureusement peu de parents ont véritablement le temps et la disponibilité d'esprit pour se mettre au niveau de leurs enfants et leur expliquer posément le pourquoi et le comment de leur quotidien.

Il n'en reste pas moins que ce livre manque de fraîcheur et de cette naïveté si belle à l'enfance...

Le gros RALbum de tous les y'en a marre, Elisabeth Brami et Gilles Rapaport, éditions Seuil Jeunesse


samedi 4 mai 2013

"c h o u i l l a"

Nadine Monfils, en voilà une qui a été marquée par Frédéric Dard...c'est un peu pareil mais écrit par une fille, ce bouquin.
C'est-à-dire une intrigue un chouilla tirée par les cheveux, une écriture truffée de jeux de mots franchouillards (je participe au concours de jeplacelemaximumdefois"chouilla"danslamêmephrase), Béru en fille: une grand-mère totalement déjantée, vulgaire, obsédée sexuelle et dont le dieu vivant est Jean-Claude Vandamme...

Dans le genre roman policier de gare dans lequel on joue avec les mots, je vote plutôt pour le Poulpe.

La petite fêlée aux allumettes, Nadine Monfils, éditions Pocket
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