mardi 29 septembre 2015

Toutes une Reine

Un drôle de livre m'est parvenu. Rouge, très fin, quatre-vingt pages environs, écrit comme une chanson. Un titre étrange aussi: Le Jour où je serai Reine. Une histoire de maman qui s'envole, une ritournelle de la vie, le chant du cerveau qui part en confiture. Un livre qui va bien avec l'automne. 

Un livre qui rappelle que la vie ne tient qu'au fil du cœur avec un grand C. Comme le cerveau et le cul. Une tresse de ces trois C : la liane qui te tient debout.

Un livre qui rappelle aussi l'importance des éditions indépendantes. Merci mes Thot.




Le Jour où je serai Reine, Georgette Bonnier, Editions Thot

dimanche 13 septembre 2015

Carrère, l'art et la manière de l'implicite

Il t'a fallu vingt ans pour lire ce livre. Il t'en faudra beaucoup plus pour oublier ce que tu as lu. Ce que tu n'as pas lu, pour être plus juste. Il faut savoir que tout l'art d'Emmanuel Carrère réside dans cette virtuosité particulière : ne pas écrire une seule ligne de tout ce que tu retiendras de cette lecture. 





La Classe de neige, Emmanuel Carrère, Editions P.O.L

mardi 8 septembre 2015

Lire un roman jeunesse fantasy et y prendre du plaisir

Cet été (oui il y a eu l'été) est arrivé dans ma vache de boîte à lettres (oui ma boîte a un air vache) une enveloppe toute déchiquetée, comme si le livre qu'elle contenait avait essayé de s'en échapper (oui c'est possible). Je l'ai immédiatement lu, avant que l'idée de fuir ne le reprenne. C'était le jour de l'été où il faisait beau et chaud. J'avais même dû installer mon joli transat à l'ombre. Je n'ai pas vu passer le soleil, j'ai été happée par un texte ensorcelant. Un texte où se mêlent réalité et fantastique d'une façon si naturelle que d'aucuns pourraient s'imaginer un livre tentant de s'échapper d'une enveloppe...Je l'ai rangé bien à l'abri avant de le déposer sur l'étagère des nouveautés, attendant de voir comment il va s'y prendre pour attirer les élèves. Il est des livres dont les pouvoirs outrepassent celui de leur auteur et du lecteur : Les Portes de L'Oubli appartient à cette catégorie particulière.

Merci aux éditions Thot de cet envoi qui a dû attendre la rentrée pour que je parle de lui

Aux Portes de L'Oubli, Barbara Bret-Morel, éditions Thot

vendredi 14 août 2015

Chère Alice,

Je viens de terminer ta tordante bande dessinée. J'ai ri, souri, hoché la tête et ponctué pas mal de pages d'un joyeux "comme nous". Bon, nous on ne lui avait pas donné de petit nom (et on n'aurait jamais choisi Jean-Pierre, mais ça c'est une autre histoire), et c'était la première fois (et si possible, la dernière) qu'on cohabitait avec un crabe, mais comme toi, malgré la terreur, on a bien ri. Je dis nous, parce qu'on s'y est mis à deux pour lui faire sa fête. Comme toi, on a trouvé que les autres ne le regardaient pas bien en face et auraient pu être plus souriants. Faut pas leur en vouloir, ils ont fait de leur mieux. Comme toi, on a appris plein de mots qu'on ne connaissait pas, mais bizarrement on ne trouvait pas ça fabuleux. Comme toi, le prélèvement dans la hanche est un souvenir qui s'accompagne de nombreuses grossièretés, mais on est devenu des pros du décryptage des résultats d'analyses (on en tire ce qu'on peut). Comme toi, on a eu un moral d'enfer pendant les mois qu'on a passé à lui ratatiner la carapace (entre nous on disait plutôt lui niquer sa race, mais ici je suis un peu plus soft) et on s'est bizarrement senti abandonné quand il a disparu. Soulagés, mais un retour à la vie réelle pas si simple. Comme on ne savait pas dessiner, on t'a laissé faire, et c'est très bien comme ça !

Tu l'auras compris, la BD d'Alice Baguet est un ouvrage autobiographique qui traite d'une affection dont elle a été victime. Dans la lignée de Leslie Plée, le dessin et le texte sont drôles et dotés d'un réalisme enthousiasmant. Alice Baguet parvient à donner de la légèreté à ce sujet terrifiant. 


Merci à Alice Baguet,  Babelio et les Editions Vraoum pour cette bouffé d'air (qui sentait un peu les raviolis, mais bon).

tous les livres sur Babelio.com


dimanche 2 août 2015

Cacher son je


Parfois tu avances et tu découvres au détour d'un virage ou d'une ruelle ce à quoi tu ne t'attendais pas. Un paysage, un objet, un personnage, un décor qui te prend là telle que tu es. Il t’époustoufle ou t'épouvante, peu importe, il te surprend. Il puise dans des ressources inhabituelles. Il te confronte. Il a cela de merveilleux : il sort de l'ordinaire. Il t'oblige. 
Il est des mots qui ont cette force. Tu es de celles qui puisent au hasard des livres. Tu ne sais que rarement ce que recèle celui que tu choisis. 
Mercredi dernier, tu as pris sous ton aile un texte de Kéthévane Davrichéwy. Tu te souviens avoir lu un échange entre elle et Alex Beaupain dans une revue. Cela t'avait plu. Tu ne savais pas qu'elle tutoyait le succès. Tu viens de découvrir un auteur. Les Séparées  est un texte qui t'a beaucoup rappelé La Mauvaise Rencontre de Philippe Grimbert. L'atmosphère en est proche, la réflexion autour de l'amitié et ses travers aussi. Kéthévane signe un ouvrage court à l'écriture précise et te promène dans des méandres qu'il n'est pas aisé de regarder en face.

Les Séparées, Kéthévane Davrichewy, Editions 10/18

mardi 21 juillet 2015

Nouveau monde

En cette année particulière où le dessin de presse à sauté à la face du monde, il était le fil conducteur que tu avais choisi pour un module en classe de seconde. Depuis septembre, tu ramais, les élèves nageaientbarbotaient, se noyaient entre dessins de presse et Bd de reportage. Tu leur ouvrais les portes d'un monde qui leur était inconnu et opaque. Ils ne tissaient aucuns liens entre l'actualité et ce type de dessins. De rares doigts s'étaient levés pour citer, en les estropiant, les noms des dessinateurs de Ouest-France et du Télégramme, pour le reste nada. Tu n'as pas lâché l'affaire. Tu leur as fait lire des entretiens entre Numa Sadoul et des dessinateurs. En ronchonnant pas mal, ils ont tourné les pages des Bd de Sacco, Chappatte et d'autres, visionné des petits reportages, jusqu'aux vacances de Noël. En janvier, tu allais pouvoir démarrer l'analyse du dessin de presse en tant que tel.

©Yacine - Le Ravi
Tu as eu cours avec eux le 8 janvier. Tout avait changé. Ils voulaient tout savoir. Ils avaient tous un avis. Passé le seuil de l'attrait du morbide, les débats ont été houleux, laborieux parfois : un manque crasse de culture nuit forcément à la compréhension des événements et de leur transcription médiatique. Ils ont compris que tu leur avais tendu les clés des portes d'un monde qui leur ouvrait l'esprit. Ils se sont intéressés de plus près à la réflexion que tu proposais. A leur tour, ils ont pris un crayon. Tout n'était pas bon, mais tu as pu afficher quelques dessins convaincants. Après avoir appris à décrypter les dessins d'auteurs renommés, ils ont analysé les dessins les plus probants de chaque classe. Il t'a semblé qu'ils étaient fiers de faire partie de ce monde nouveau pour eux.

Il faut être lucide, personne n'est venu relire une Bd de reportage (faut dire que les auteurs de celles du CDI ne sont pas morts dans de tragiques circonstances...), personne n'est venu reprendre non plus le très bon livre d'entretiens de Numa Sadoul. On y passe pourtant d'agréables moments en compagnie de Cabu, Charb, Kroll, Luz, Pétillon, Siné, Willem et Wolinski. Numa Sadoul avait mené ces échanges entre 2006 et 2009. Parus en 2014, ils demeurent en phase avec l'actualité.

Dessinateurs de Presse, Entretiens avec Cabu, Charb, Kroll, Luz, Pétillon, Siné, Willem et Wolinski, Numa Sadoul, Editions Glénat

jeudi 16 juillet 2015

La BD du futur

Le Tome 2 est digéré depuis belle lurette, et je ne t'ai pas encore parlé du Tome 1. 
Peu importe, tu liras les deux, et ceux qui suivront. Tu liras, parce que tu as envie de comprendre les différences. Tu liras parce que tu veux donner un sens à ce titre. Tu liras parce que tu as envie de savoir pourquoi certaines pages sont bleues, d'autres jaunes, roses, rouges ou vertes. Tu liras parce que tu aimes le travail de Riad Sattouf.
Tu liras parce que tu auras entre les mains une des clés.  



L'Arabe du Futur, Riad Sattouf, Editions Allary

jeudi 9 juillet 2015

Chute libre

Il t'arrive de te sentir totalement démunie devant un livre. C'est assez rare. Très enthousiaste, tu avais coché Conduire le changement en bibliothèque dans la dernière liste de Masse Critique proposée par Babelio. Tu pensais dévorer littéralement ce type d'ouvrage et y trouver quantité de pistes intéressantes pour ton travail. Te voilà totalement hermétique à ce que tu lis.
De nature laborieuse, tu n'es pas du genre à te laisser pilonner par un livre, alors tu l'as repris plusieurs fois: dans l'ordre, dans le désordre (possible puisqu'il s'agit d'un ouvrage technique chapitré), en t'appliquant, en lisant en diagonale...fiasco intégral.
Tu te retrouves dans une posture gênante, en retard pour chroniquer un livre dont tu n'as rien à dire...

Remerciements et excuses à Babelio et aux éditions de l'enssib

Conduire le changement en bibliothèque, Christophe Pérales, éditions de l'enssib



samedi 4 juillet 2015

La vie est aussi une bd

Si tu penses que tu n'aimes que la littérature, ose un ouvrage d'Etienne Davodeau. 
Si tu crois que tu n'aimes pas la bande dessinée, ouvre un album d'Etienne Davodeau. 

Je ne te dirai rien de plus. Laisse-toi dessiner la vie.




Le Constat, Etienne Davodeau, Editions Dargaud

mardi 2 juin 2015

T'ai-je déjà dit ma rencontre avec un ange?

Te souviens-tu de ce jour de juillet dernier au cours duquel je t'avais présenté Fay ? Fay Renoir, la demoiselle elliptique, ça te revient ? La jolie jeune fille, le handicap, le fauteuil, l'épilepsie, tu te souviens ? Et les dessins, tu ne les as pas oubliés?

Je ne t'avais pas tout dit. Elle était amoureuse. De son ange gardien. Comment ? De l'eau de rose ? Tu n'y es pas du tout.

(Et tu sais très bien que l'eau de rose, ce n'est pas ma tasse de thé, sauf à pâtisser, mais c'est une autre histoire...)

Dans ses absences provoquées par l'épilepsie, Fay vit sur ses deux jambes et retrouve l'usage de la parole. Ce monde-là lui offre des émotions différentes. Elle s'y aventure avec une sorte de plaisir addictif, comme on se précipiterait dans un train fantôme. C'est angoissant mais c'est grisant. 

Il est possible de lire ce second volume comme un pur roman fantasy. Tu peux aussi le lire d'une façon plus philosophique, au regard de l'allégorie de la guérison, sur laquelle s'appuie l'histoire. 

Merci aux éditions Thot :-)


Fay Renoir, la face sombre des anges, Marlène Chombart-Lemoine, éditions Thot

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