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mardi 7 avril 2015

Le nuage et l'Original

A Brest en Bulles, le festival de bande dessinée de Brest, tu es restée plantée devant des dessins. Tu ne t'attendais pas à ce frisson-là. Tu sentais bien que depuis janvier, tu ne te débarrassais pas de ce nuage sombre, un peu collant. Tu ne savais pas que quelques traits de crayon t'époustoufrissonneraient à ce point. Les uns avançaient, et toi tu bloquais. Tu bloquais devant les dessins originaux et les photographies non officielles de l'expo hommage à Charlie. 

Le nuage s'est éclairci. Comme si la force de ces dessins l'avait désintégré. Tu relis, avec plaisir et voracité. 

Tu as acheté un recueil de dessins, hommage lui aussi. Très beau, très fort. Le comble pour un recueil de dessins, il commence par un texte : 
"Quand avec Choron, "mon frère", nous avons pris le risque de lancer Hara Kiri, puis Charlie Hebdo, nous n'avions pas l'intention de faire de l'humour - "faire de l'humour" ! Quelle dérision ! - mais bien de rire, de rire et de faire rire sans entraves, sans tabous et sans prétendre réformer les mœurs ou la morale.
Rien n'est sacré. Pas même le bon goût. Pas même le militant. Surtout pas le croyant. Ne croyant à rien de transcendant, nous n'avions rien à respecter. L'humour est un coup de poing dans la gueule. Cette phrase que je revendique fut notre profession de foi.
Rien n'est tabou, rien n'est sacré. Le partisan rit de son adversaire, le croyant rit du non-croyant d'en face. Ne croyant en rien, n'adhérent à rien, nous riions de tout et de tous. Le rire est brutal, provocateur, imprévisible, injuste, sans pitié. Il ne venge, ni ne punit, ni ne juge. Il s'en fout."
Extrait d'un texte de Cavanna, datant de 2012
  La BD est Charlie, Collectif d'auteurs, multi-éditeur

mardi 17 mars 2015

Modiano et moi

Modiano est entré dans ta vie il y a peu. Deux ans disons. Tu le connaissais, oui. Tu aimais écouter Frédéric Bonnaud en parler avec des grelots dans la voix. Parce que Bonnaud, il l'admire depuis le début, Modiano. Tu te souviens de cette fin d'après-midi de la dernière émission de ce Bonnaud-là, viré de France Inter parce qu'il y distillait un niveau de culture trop élevé (oui oui, c'était le motif officiel), tu te souviens donc que tu t'étais garée face à la mer, en rentrant du travail, pour entendre son au revoir et pleurer avec lui. Tu te souviens de la musique aussi. La BO des Deux Anglaises et le Continent. Il pleurait Frédéric Bonnaud. Toi aussi. Et encore, il parlait de Modiano.

Il fallait que tu lises. A l'évidence. Cela a pris du temps, et un dimanche de pluie, dans les cartons d'une bibliothèque qui faisait le vide, Dans le café de la jeunesse perdue t'a tendu les bras. Embarqué.

Tu lis. Enfin. Tu te laisses porter par ce texte. Il ne passe rien. Il se passe tout. La magie Modiano opère. Tu t'en délectes, tu savoures. Les mots justes. L'émotion simple et si pénible. L'entière contradiction de l'être. Tu aimes. Tu ne lis que celui-là. Il te ramène à des sensations connues, lointaines, tu connais les hommes et les femmes de ce livre. Tu reconnais leurs âmes.

Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier paraît quelques mois plus tard. Tu sais qu'il est pour toi. Tu le laisses fondre. Du gingembre confit: tout doux au commencement et puis brûlant.

Tu sais désormais que cette écriture-là  t'es devenue indispensable. Parce que. 

samedi 6 décembre 2014

La Marmotte et la Tablette

Si tu as pour habitude de mettre ton nez dans l'un ou l'autre de mes tiroirs, tu auras constaté la parcimonie de mes interventions depuis quelques mois - neuf pour être juste - et peut-être auras-tu compris que... j'avais un problème relationnel avec mon fournisseur d'accès à internet. Il a fallu neuf mois à mon FAI pour accoucher d'un beau câble bien portant, et remplacer son brinquebalant prédécesseur.

Avoir besoin d'internet pour avancer dans son travail, alimenter divers sites pour des raisons professionnelles ou personnelles amène à une gymnastique épuisante lorsqu'un simple câble défaille. La 3G du téléphone dépanne mais il est inenvisageable d'écrire un texte sur un écran timbre-poste...pour pallier aux besoins de mon travail, j'ai investi dans une tablette. Youhou, malgré une connexion limitée, l'écran est presque confortable. Je ne me doutais pas de la suite. 

Jusqu'alors j'ai toujours été très proche d'une marmotte, non aucun rapport avec les poils (encore que) ni les dents, c'est du côté sommeil que nous avions des accointances. Depuis de longues années, ma journée se termine par un moment de lecture agréable et les nuits en dents de scie n'ont jamais été mon lot. Je dors beaucoup et paisiblement. Je dormais beaucoup et paisiblement jusqu'à l'intrusion de la tablette. 
Parce que si tu ne le sais pas encore, la tablette te suit, partout, contrairement à ton ordinateur, qui même s'il est portable ne s'incruste pas si facilement sur tes genoux. La tablette s'immisce. Séductrice elle offre de nombreuses possibilités d'occuper ton attention. Comme le livre, elle s’adapte à ta position droite et confortable dans un fauteuil, affalée et de guingois sur une banquette...en revanche, contrairement au livre et même à la liseuse, la tablette est un écran, avec sa lumière, ses couleurs et ses effets. Et mes nuits ne sont plus aussi sereines...bien qu'elle n'ait jamais posé un pixel dans ma chambre.

http://sante.lefigaro.fr/actualite/2012/08/30/18906-lutilisation-excessive-tablettes-nuit-sommeil


Ici aussi on explique bien le phénomène: http://www.presse-citron.net/les-ecrans-les-ennemis-du-sommeil/

Ce n'est pas pour rien que la marmotte, elle emballait bien correctement la tablette...

mercredi 10 septembre 2014

Savoir attendre

Il arrive que l'été te mange toute entière. Il arrive que tu te nourrisses du dehors au point d'en oublier le dedans. Il arrive que le soleil prenne la place de la lecture. Il arrive que l'été ne s'arrête pas d'être. Il arrive que tu constates que tu as lu, moins, mais que désormais il va falloir écrire.
Alors tu attends que le mauvais temps te guide jusqu'à ton bureau.


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