lundi 16 décembre 2013

Moi aussi, sur le rivage

Je ne comprends pas bien quel est mon problème avec Murakami. Je lis sans me lasser, je suis fascinée par moments, et pourtant je n'arrive pas à aimer. Je dois passer à côté d'un truc.
Au fil des pages, je sens monter un malaise identique à celui qui me clouait dans mon fauteuil lorsque courageuse et laborieuse étudiante de cinéma j'allais voir les films de Kurosawa. Y a quelque chose qui m'échappe dans la culture de l'onirisme mais je ne sais pas exactement quoi.
Je trouve très déstabilisant de ressentir à la fois malaise et fascination, d'avoir envie de passer à autre chose mais de ne pas pouvoir m'empêcher d'aller jusqu'au bout, de cauchemarder autour du livre pour mieux le reprendre le lendemain, et de finalement n'en garder quasiment pas de trace, sauf cette sensation étrange de dualité.
Il serait un peu sorcier ce Murakami, que ça ne me surprendrait qu'à peine.


Kafka sur le rivage, Haruki Murakami, éditions 10/18, traduction Corinne Atlan

dimanche 15 décembre 2013

Tonton Raymond

Ce qu'il y a de bien avec les photos de Raymond Depardon, c'est que tu poses les yeux dessus comme tu le ferais si tu trouvais un carton de photos de vacances dans le grenier de ton grand-père.

Tiens, regarde cette boulangerie dans laquelle vous vous arrêtiez le matin sur la route des vacances, avant que la nationale ne contourne cette jolie petite ville.

©Raymond Depardon
Ce qu'il y a d'un peu angoissant avec les photos de Raymond Depardon, c'est que tu crois avoir sous les yeux des images vieilles d'une trentaine d'années avant de réaliser qu'elles ont toutes été commises ces dix dernières années. Cet air d'un pays qui se serait arrêté de vivre te fait un peu flipper.

©Raymond  Depardon 
Ce qu'il y a de déroutant avec les photos de Raymond Depardon, c'est que tu te dis que l'imagination de Plonk et Replonk n'est pas aussi décalée qu'elle n'en a l'air.

©Raymond Depardon
©Plonk et Replonk
Ce qu'il y a de touchant avec les photos de Raymond Depardon, c'est que même quand elles diffusent des impressions mitigées elles te laissent une petite trace qui ne s'effacera pas de si tôt.

La France de Raymond Depardon, édité au Seuil par la BNF

Petit petit petit petit

Faire aimer la photographie animalière aux enfants, rien de plus simple. Ils se réjouissent tous de passer du tigre à la baleine au fil des pages. Encore plus intéressant s'il s'agit des rejetons de chaque espèce. C'est mignon, c'est drôle en général et ça marche à tous les coups.
Ça marche tellement à tous les coups, que parfois il suffit d'aller piocher des images libres de droit sur le net (sur Shutterstock par exemple), d'y ajouter un texte plus ou moins bateau et le tour est joué.

Ayons une pensée pour tous les photographes qui attendent une vie sans jamais être publiés.

Je remercie Babelio et les éditions de la Grenouille de m'avoir fait découvrir à quel point la photographie est un art qui se "partage" avec ou sans scrupules...


Mon livre des bébés animaux, David Bourbon, éditions La Grenouille

mercredi 27 novembre 2013

Lettre à Bjarni

J'ai lu ta lettre ce matin. Si je n'étais déjà morte depuis longtemps, elle m'aurait achevée.
Non mais, Bjarni.
Je n'ai jamais rien dit à personne, je me suis enflammée pour toi, je brûlais sous ton regard, sous tes caresses. Entendre ta voix me faisait battre le coeur à tout rompre, des étincelles me parcouraient des pieds à la tête.

Non mais, Bjarni.
Tu m'as laissée me consumer. Tu m'as refusé notre fille. Tu m'as gâchée.

Et tu écris désormais ta douleur et ton amour pour moi...
Non mais Bjarni. Bjarni de Kolkustadir, qui es-tu pour coucher de la sorte les replis de ton âme sur le papier ? Qui imagines-tu que je fus pour supposer que je sois flattée de t'émouvoir autant que ton nouveau tracteur?
Non mais Bjarni. Et te satisfaire d'une agnelle pour épancher ton désir à mon endroit...

J'aurais pu aimer te lire. J'aurais pu apprécier ta poésie par-delà la puanteur des moutons, j'aurais pu accepter tes dérives, j'aurais pu comprendre ta volonté de rester, j'aurais pu.
Si tu n'avais pas attendu que je ne sois plus.

J'étais vivante. Je t'aimais. Je suis morte.

***

J'ai lu La Lettre à Helga d'une traite, le jour où je l'ai reçue. Je ne l'ai pas aimée. Je n'ai pas compris pourquoi ce texte me hérissait. Je l'ai relu. Je me suis rendue compte que cette écriture trop travaillée exacerbait la lâcheté de Bjarni et me le rendait totalement insupportable. Je n'ai pas lu dans ses lignes la profondeur qui a émue tant de lecteurs. Je suis peut-être passée à côté, à moins que je sois entrée en plein dans ce que cherchait Bergsveinn Birgisson.

J'ai reçu et lu cette Lettre dans le cadre des matchs de la rentrée Priceminister que je remercie ainsi que les éditions Zulma, qui d'ordinaire me transportent...


Le Lettre à Helga, Bergsveinn Birgisson, éditions Zulma, traduction Catherine Eyjolfsson

dimanche 3 novembre 2013

Ticket

C'est assez simple, en fait...ça commence par une histoire d'huîtres à huit heures du matin, suivent un homard et des rames, pour finir au bord de la mer.

Entre deux, il y a de l'amour, du désamour, de l'amitié, de la haine, du théâtre, de la musique, des regards et des  bretzels. Des corbeaux aussi. Quoi tu comprends rien... c'est pourtant pas si difficile, regarde:
"Un usager insensible peut parfaitement trouver son trajet monotone. Il passe son chemin un chaperon sur les yeux, sans goûter la poésie d'une infiltration nouvellement apparue, sans s'intéresser à la menace d'un dégât des eaux, ignorant que le métro à l'âge de ses galeries.
Les gens ne regardent pas autour d'eux. Ils ne font d'ailleurs pas plus attention à la coiffure de leurs femmes qu'au fait qu'elles se soient rasé la moustache. C'est peut-être un problème d'éducation. On passe à côté de sa vie."
Ah pardon, tu n'avais pas tilté pour le métro...le titre, le "ticket", les rames ça suffisait pas.

Bon.

Alors soyons plus académique. Il s'agit d'un livre d'un jeune auteur qui comme son personnage principal est une voix: il est acteur et double les films étrangers. (C'est chiant en fait, hein quand c'est un peu académique).
Le style de Stéphane Ronchewski oscille entre la poésie surréaliste et le dialogue de série télé, et crois-moi cela donne un mélange très drôle et aéré, alors que c'est un livre finalement très pessimiste. Cette écriture très moderne se croque à pleines dents...et pas seulement parce qu'il y est beaucoup question de nourriture.

Au fil des pages, me sont revenus en mémoires quelques passages des Poissons ne connaissent pas l'adultère de Carl Aderhold, on y retrouve cette belle idée que de jolies choses sont possibles dans les transports en commun. Très vite le sens des réalités refait surface et engloutit les jolies choses tant espérées.

Je remercie Babelio et les éditions de la Martinière de m'avoir permis de découvrir cet auteur au nom pas très facile à retenir mais que je vais suivre attentivement.

Pour Invalides changer à Opéra, Stéphane Ronchewski, éditions de la Martinière

Millénium

Ma première rencontre avec Blomkvist a été un peu chaotique. Je devais attendre mon tour à la bibliothèque avant d'avoir le plaisir de passer quelques heures avec lui. 
Faut dire qu'il sentait encore l'encre et venait juste de pointer son nez dans les rayonnages francophones et qu'il était la coqueluche de la cité. 
Je ne peux pas dire que j'ai succombé à son charme dans l'immédiat. La place de détective au charme indéfectible étant déjà occupée par deux concurrents de première classe, Adamsberg et Erik Winter, il avait du boulot le Mikael. Mais je sentais bien que quelque chose  de sérieux se tramait entre lui et moi.

Alors j'ai eu envie de le voir sur grand écran...c'était pas lui, c'était Daniel Craig. 
J'ai observé ses traits sous le pinceau de José Homs, il ne ressemblait pas non plus au Mikael que j'avais rencontré.

Cet été, je l'ai trouvé affalé dans une caisse sous une table, aux puces. Je l'ai pris délicatement et l'ai porté sous mon manteau pour le protéger de la pluie qui tombait. De retour à la maison, je nous ai installés confortablement, et j'ai reposé me yeux sur lui. 
Il m'a plu, au moins autant que la première fois.

Millénium, Stieg Larsson, éditions  Actes Sud, traduction Lena Grumbach et Marc De Gouvenain

lundi 28 octobre 2013

Le peintre aux étoiles


Je sais qu'il est un peu tard et que les portes des Capucins vont bientôt se refermer sur cette exposition si rare qu'il te faudra t'armer de patience et compter les pavés de la cour dans la file d'attente, mais si tu n'es pas trop éloigné de Landerneau, il te reste une petite semaine pour aller faire pétiller tes sens.


Il faut y aller l'esprit et les mains libres, regarder ce que tu vois avec tes yeux et non au travers d'un objectif. J'ai pris trois clichés rapides pour donner de la couleur à ce post, mais j'ai été épouvantée de constater à quel point les gens ne visitent plus une expo pour s'en imprégner: ils la photographient. 

Tu devines la librairie par laquelle inévitablement tu passes au sortir de cette déambulation magique, et dans laquelle j'ai bien évidemment traîné, pour y dénicher une découverte Gallimard rédigée par le petit-fils du peintre. Un petit trésor.


Miro Le peintre aux étoiles, Joan Punyet Miro et Gloria Lolivier-Rahola, éditions Découvertes Gallimard

dimanche 20 octobre 2013

Charger les étagères

C'est la saison des désherbages. Dans mon coin, au moins. Tu sais ce qu'est le désherbage? C'est ce truc que seules les bibliothèques savent faire parce qu'elles n'ont pas le choix, parce que leurs murs ni leurs rayonnages ne sont élastiques, c'est retirer des étagères les ouvrages pas empruntés depuis longtemps, ou trop abîmés, ou existant en plusieurs exemplaires, ou considérés comme désuets...c'est faire de la place et offrir aux lecteurs la possibilité de boucher les trous de leurs propres étagères, ou d'en rajouter, ou de faire des piles de livres sur.

Aujourd'hui, dans la cohue d'une vente, j'ai déniché 12 trésors pour 10 euros. Un Mondiano en poche, Lolita de Nabokov (nan j'ai jamais lu), deux livres sur les oiseaux, un vieil atlas pour enfants, et plein d'autres choses dont je te parlerai quand je trouverai le temps de lire un peu (tu avais peut-être remarqué qu'en ce moment ce n'est pas le cas). 
Ah, aussi le Prévert illustré, tu sais le bel album vert avec des fleurs dessinées dessus. Tu vois pas? Là.


mercredi 4 septembre 2013

Comme tu respires

Il y a ces livres que tu lis parce que. Parce que peu importe le livre, une fois entre tes mains tu veux le lire. En entier. Même s'il te hérisse. Tu ne vas t'attarder sur rien, tu lis comme tu respires. Ceux qui te hérissent tu aimerais bien savoir pourquoi ils sont les préférés d'autres. Tu aimerais bien comprendre pourquoi tant de lecteurs et lectrices se nourrissent et se suffisent de ces inepties "littéreuses". Tu lis jusqu'au bout parce que coûte que coûte tu voudrais comprendre. 
Tu es bien plus patiente et persévérante avec l'écriture qu'avec le reste. 

Et puis il y a les textes dont tu te délectes. Ces découvertes, ces cadeaux, ceux que les autres te font lire parce que.

Celui-ci tu ne l'aurais jamais choisi si L. ne te l'avait pas tendu. Le nom de l'éditeur te fait sourire, mais le titre...Qu'est-ce que c'est que ce titre pompeux?
Tes doigts se posent sur la couverture, glissent entre les pages, et tu fais immédiatement abstraction de ce titre improbable. C'est ça aussi le plaisir du livre: une texture qui caresse la peau de tes doigts.

Et le vent se met à souffler. Une rafale de nouvelles. Les épisodes d'une vie éparpillés au gré des courants d'air.

Souffle en mon coeur un vent de Patagonie, Nacho Carranza, éditions Le Castor Astral collection "Escales des Lettres"

jeudi 22 août 2013

Que les choses soient dites

Je crois que c'est clair: je suis une connasse.
Et pas peu fière.
Un petit bémol, je ne suis pas tout à fait assez connasse pour ne pas lire jusqu'au bout les livres absolument lamentables qui parfois se retrouvent entre mes mains. Je vais faire des efforts et tenter d'atteindre le niveau de "parfaite connasse".

La femme parfaite est une connasse, Anne-Sophie et Marie-Aldine Girard, éditions J'ai Lu

mercredi 14 août 2013

Apnée

Maylis de Kerangal.
M A Y L I S  D E  K E R A N G A L.
Son nom à lui seul me caresse le palais. Essaie. Dis-le lentement à voix haute. Maylis de Kérangal.
Ce nom pourrait presque me suffire. Si ce n'est que je sais vers quels délices il me mène, alors je ne me contente pas de le dire. Je lis ce qu'il y a sous sa plume. Avec délectation.

Maylis de Kerangal enrobe toujours un espace défini de ses mots si habilement choisis. Le chantier d'un pont, les wagons d'un train et cette fois, une plate. La Plate. 
"Nul ne sait comment cette plate-forme ingrate, nue, une paume, est devenue leur carrefour, le point magique d'où ils rassemblent et énoncent le monde, ni comment ils l'ont trouvée, élue entre toutes et s'en sont rendus maîtres; et nul ne sait pourquoi ils y reviennent chaque jour, y dégringolent , haletants, crasseux et assoiffés, l'exubérance de la jeunesse excédant chacun de leurs gestes, y déboulent comme si chassés de partout, refoulés, blessés, la dernière connerie trophée en travers de la gueule; mais aussi, ça ne veut pas de nous tout ça déclament-ils en tournant sur eux-mêmes, bras tendu main ouverte de sorte qu'ils désignent la grosse ville qui turbine, la cité maritime qui brasse et prolifère, ça ne veut pas de nous, ils forcent la scène, hâbleurs et rigolards, enfin ils se déshabillent, soudain lents et pudiques, dressent leur camp de base, et alors ils s'arrogent tout l'espace."
Elle pose le lieu et toi tu n'as plus qu'à observer ce qu'il s'y passe, au rythme de ses longues phrases charnues qui t'empêchent presque de respirer parce que tu aimes les gravir sans presque jamais t'arrêter comme on escalade une montagne pour mieux voir ce qu'il y a derrière.





Corniche Kennedy, Maylis de Kerangal, éditions Verticales

Naïf. Super.

C'est un livre emrpunté que tu vas acheter.
Le lire et le relire encore.
Piocher dedans.
C'est un livre de rien, et c'est un livre de tout.
C'est un regard simple sur la vie. 
C'est l'histoire d'un type qui a gardé intact son regard d'enfant. 
C'est une poésie grandeur nature.
Tu le lis, tu  y penses et tu as envie de demander aux gens que tu croises s'ils sont heureux, ou pourquoi ils ont l'air si triste, tu es tentée de demander à la dame du guichet de la poste si elle porte parfois des chaussettes avec des fleurs, tu oserais presque demander au chauffeur de bus s'il aime la glace à la vanille.

La fraîcheur de la naïveté qui manque tant à la vie des grands c'est dans ce livre-là qu'elle est cachée. Mais faut pas le dire, hein c'est un secret.

C'est un livre qui t'as beaucoup fait penser à celui de Toni Jordan.

Naïf. Super., Erlend Loe, Edition Taille Unique, traduction Jean-Baptiste Coursaud

mercredi 31 juillet 2013

Les déboires d'une lectrice compulsive

Je le savais, je le savais, je le savais.
Je le savais, que plus j'avançais dans les Chroniques de SF moins cela me plaisait. Je le savais que plus ça allait, plus ça me lassait. Je le savais que tout était de plus en plus convenu, de plus en plus attendu.

Je le savais et pourtant j'ai lu le tome 8 (je n'ai jamais trouvé le 7. Pas grave, j'ai tout compris quand même...et gagné quelques heures et quelques sous en m'abstenant).

Je le savais mais je ne vais pas renier tout pour autant. J'ai vraiment croqué avec bonheur la fraîcheur des premiers épisodes. Mais j'aurais dû être raisonnable et m'arrêter à temps. 

Je rêve de savoir m'arrêter à temps. 

Mary Ann en automne, Chroniques de SF, Saison 8, Armistead Maupin, édition de l'Olivier, traduction Michèle Albaret-Maatsch

Fil de lecture #24

Presque mort, Ake Edwardson, éditions JC Lattès, traduction Marie-Hélène Archambeaud

dimanche 28 juillet 2013

Mon chat n'est pas un extra-terrestre

Tu ne le sais peut-être pas encore, mais il n'y a pas très longtemps que nous cohabitons avec des chats. 
Pendant de nombreuses années, j'ai cru qu'on n'avait rien en commun, jusqu'à ce que mon chemin croise celui de Léonard notre premier siamois. Il n'a pas vécu très vieux, je n'avais pas eu le temps de comprendre à quel point il nous manipulait. J'ai donc récidivé, et ouvert notre maison à Barnabé et Rosalie.
Rapidement, ils nous ont fait comprendre qu'ils n'étaient pas NOS animaux, mais que nous étions LEURS serviteurs...
Nous n'avons plus que la moitié d'un lit pour deux, lorsqu'ils ont faim, nous sommes tenus de cesser toute activité en cours afin de sustenter à leur besoin, j'ai dû apprendre à lire entre des pattes de chats (plus difficile que les pattes de mouches), ils nous engueulent sans scrupules si toutefois on veut une place sur leur fauteuil près de leur poêle, le confort des transats n'est plus qu'un vieux souvenir qu'il nous faut désormais partager avec une boule de poils chaude et ronronnante.
Ils nous arrivent parfois de les traiter de petits connards voire d'espèce de pétasse (en cachette, on a trop peur des représailles).
Alors quand nous avons reçu le livre de Leslie Plée, de Michel Plée pardon, Leslie n'a que servi de piètre illustratrice, quel soulagement! Nos chats sont normaux! Tous les chats ne sont que des goinfres, imbus de leur personne, qui daignent nous porter un soupçon d'attention que si c'est dans leur propre intérêt...

Tu l'auras compris, cette bande dessinée est désopilante et souligne tous les travers et les manies dont on s'affuble lorsqu'on adopte se fait adopter par un chat.

Tu peux faire la connaissance de Leslie ici, tu y croiseras Michel, qui même là, se tape l'incruste.

Je remercie Michel d'avoir autorisé Babelio et les éditions Tapas :-* à nous envoyer ce bel ouvrage, je n'oublierai bien évidemment pas le sachet de friandises mensuel qu'il exige en échange.

Courage Leslie, tu n'es pas seule!

Vivre vieux et gros : Les Clés du succès par Leslie Plée
tous les livres sur Babelio.com

Vivre vieux et gros-les clés du succès, Michel et Leslie Plée, éditions Tapas :-*

samedi 20 juillet 2013

Je le lirais bien, mais je sens que ça va pas me plaire

dessin de Greg Guillemin
Tout commence par un bouquin que tu as tenu maintes fois entre tes mains avant de le reposer en te disant: "nan, j'le prends pas, j'suis sûre que c'est nase"... et puis une après-midi de juillet, après un déjeuner de fin d'année au taf, tu entres dans ta librairie préférée (disons, UNE de tes librairies préférées), un peu morose, et tu musardes. 
Le revoilà qui te fait de l'oeil, encore. 
Cette fois-ci tu n'écoutes pas ton instinct et tu le mets dans ton panier.

Fatale erreur. Toujours se fier à son instinct.

Bon, je n'ai pas tout détesté, n'exagérons-rien. L'idée de casser le mythe des supers-héros (je mets un "S" à la fin, pour pouvoir faire une liaison à deux balles) en racontant leur vraie vie (oui oui, les supers-héros sont des hommes et des femmes comme toi et moi...ils vont même aux toilettes), j'aurais pu trouver ça drôle, si ça l'avait été. L'idée d'un sérial-killer de supers-héros, pourquoi pas.

Mais va savoir pourquoi, ça n'a pas pris. J'ai lu tout et très vite, mais RIEN. Pas plus envie que ça de croiser Batman (ben de toutes façons, lui il est mort), ni Superman, ni aucun autre. 
Bon, faut que je te dise aussi que je n'ai jamais pu blairer les supers-héros, y peut-être un lien...

dessin de Greg Guillemin
*dans l'idée de casser le mythe, je vote sans hésiter pour le travail de Greg Guillemin, tu peux aller voir si ça te chante.

La vie sexuelle des super-héros, Marco Mancassola, éditions Folio, traduction Vincent Raynaud

jeudi 18 juillet 2013

Il était une petite graine

Ça a commencé tout bêtement, genre épluchures de ratatouille jetées au compost. Une graine bien au chaud, un peu au sec mais pas trop, un peu arrosée mais pas trop, et le printemps suivant, une p'tite pousse verte, deux cotylédons, une tige crantée et hérissée de jolis picots et voilà un plant de courgette prêt à démarrer dans la vie. Il faut alors quelques semaines pour qu'il s'épanouisse, développe de belles fleurs jaunes qui une fois fécondées, deviendront de belles courgettes affriolantes.
Ça, c'est le beau côté de la biographie d'une courgette. L'autre face, plus sombre, c'est celle des taches d'oïdium, des attaques de gastéropodes, des chenilles vengeresses...

Gilles Paris nous livre ici l'autobiographie d'un petit garçon. Son surnom c'est Courgette, et ce n'est peut-être pas si innocent que ça, le choix de ce surnom. Des épines et de l'oïdium il en trimbale à foison ce petit bout d'homme. 


C'est un livre qui s'adresse à un public de niveau collège, tu pourrais alors trouver l'écriture (type "j'écris comme je parle") agaçante, mais elle permet de faire passer avec un peu de légèreté le fond de ce texte qui colle avec la réalité d'un bon nombre de jeunes ados portant en eux des histoires familiales parfois encombrantes. 

Autobiographie d'une courgette, Gilles Paris, éditions Flammarion, collection ETONNANTiss!mes

lundi 15 juillet 2013

Savoir attendre

Je lis plus vite que mon ombre. Je lis surtout beaucoup plus que je ne passe de temps assise devant mon pc. J'ai une pile de livres à chroniquer qui dépasse bientôt ma pile de livres en route, commencés à la mauvaise saison, que je relis, que je n'ai pas finis, que je n'ai pas encore attaqués...en clair, c'est pas un drame, mais j'ai du mal à me suivre.

Lors de ma dernière visite à la biblio, rien ne me tentait, ou tout, je ne savais pas trop. Alors j'ai pris Patients. Tu sais, c'est le livre de Grand Corps Malade. Je porte plutôt de l'intérêt à son travail d'écriture musicale, mais j'étais très dubitative quant à ce texte-là. 
Tu n'as pas oublié que j'avais aimé lire Bohringer écrivant sa maladie, alors j'ai lu la première page. Et j'ai su qu'il s'agissait d'un vrai livre. Immédiatement. J'ai su qu'il s'agissait d'un texte fatalement objectif et profondément humaniste. 

6ème sens by Grand Corps Malade on Grooveshark

Patients, Grand Corps Malade, éditions Don Quichotte

mercredi 3 juillet 2013

Balade sur le seuil

Il y a quelques semaines, une petite merveille a atterri dans ma boîte à lettres. 
Je ne connaissais rien d'elle, j'ai tout découvert: Caroline l'éditrice, le collectif de Babel photo, les six photographes à l'origine de cette merveille, Eric Besnier, Marie-Pierre Dieterlé, Pieter Jan Louis, Thomas Louarpe, Ludovic Maillard, Sébastien Sindeu, un auteur Léo Henry et le reste.

La piètre amatrice que je suis, ne sait pas photographier les zones urbaines ni les gens, alors tu comprendras que j'ai reluqué avec envie cette série de clichés dédiés au périph et à ses différents protagonistes.
Tu pourrais croire qu'un gros livre, même s'il s'agit d'un beau livre, tournant autour du périphérique deviendrait rébarbatif au fil des pages. Il n'en est rien, les regards et les points de vue des six cités plus haut s'entrechoquent et se répondent de telle manière que tu sens que chacun te raconte en images son périph. 
Et tu embarques, sans la moindre hésitation. Au ras du sol, dans les taxis, le nez en l'air, derrière les arbres, à travers les vitres, dedans, dehors, dessus, dessous. Tu entreras dans le cercle.

Je ne suis pas seule à avoir été hypnotisée par cet ouvrage, je l'avais laissé bien en vue sur la table du salon. Un bon nombre de doigts en a tourné les pages, des belles paires d'yeux s'y sont perdues et bien des "wouahou" se sont échappés de quelques bouches.

J'ai aimé les textes qui ouvrent et ponctuent chaque épopée photographique, tout particulièrement la nouvelle de Léo Henry, à laquelle je consacrerai un article ultérieurement.


Je remercie chaleureusement Babelio et les éditions h'Artpon de m'avoir offert cette belle balade aux portes de Paris.

Périphérique Terre Promise, collectif Babel Photo, éditions h'Artpon 

mardi 2 juillet 2013

Les orphelins Baudelaire n'ont rien à voir dans l'histoire

Y a pas très longtemps, après la sonnerie et le brouhaha qui s'ensuit, j'ai aperçu un manuel oublié sur une chaise. M'approchant pour le ramasser, j'ai entendu des chuchotis. C'était Enid qui bavardait avec le fantôme de sa mère, et il ne s'agissait pas d'un manuel, mais d'un des tomes des Quatre Soeurs.


Rassure-toi, moi non plus je ne connaissais pas les soeurs Verdelaine avant. Il s'agit au départ de cinq romans (elles sont cinq, chacune a donc quatre soeurs) de Malika Ferdjoukh qui furent illustrés par la suite de différentes manières.
Ici, les soeurs prennent vie sous le pinceau de Cati Baur. C'est très doux, très beau et très...
 tuvoistasenviedecaresserlechatdeserrerEniddanstesbrasdepasserlamaindanslescheveuxdeCharliedetirersurlesbandesdeciresdeBettinade...


Ces cinq minettes-là sont orphelines, elles vivent dans une villa digne d'un décor d'Agatha Christie, la plus grande veille sur les plus jeunes, et elles papotent toutes allègrement mais en secret avec les fantômes de papa et maman.
En plus d'être une belle bande dessinée, c'est drôle.

On est bien d'accord, ça s'adresse plutôt aux filles...ou aux garçons perdus dans des familles pleines de filles.

Quatre soeurs, 1.Enid, Malika Ferdjoukh et Cati Baur, éditions Delcourt

jeudi 27 juin 2013

Si tu croises un bison en colère, ne cours pas, propose-lui plutôt une bière

Au risque de mettre de mauvais poil un bison que je connais bien, enfin que je connais un peu (en vérité je ne le connais pas trop mais, bien que nous ayons un petit contentieux en matière de toile cirée, j'aime beaucoup le lire) bon, je disais qu'au risque de mettre ce bison de mauvais poil (et un bison de mauvais poil je me demande si c'est pas un peu dangereux), au risque donc de le mettre de mauvais poil, je dois avouer platement que malgré la maison rouge sous la neige pour laquelle j'ai carrément craqué, je n'ai pas du tout accroché à l'écriture de Rick Bass. 

Et pourtant, j'aime tout. La neige, le feu qui crépite, la nature, les animaux qui viennent frotter leur museau au carreau, la musique, l'écriture, le silence, l'isolement, le défi, la différence. Tout. 
Pourquoi n'ai-je pas aimé ce livre, alors?

J'ai un autre Rick Bass qui m'attend. 
J'y dénicherai peut-être une explication.



Winter, Rick Bass, éditions Folio, traduction Béatrice Vierne

dimanche 23 juin 2013

Dévorante lecture

Y a des jours où tu lirais n'importe quoi juste pour t'échapper.
Y a des jours donc, où tu attrapes le premier livre que tu trouves, sans regarder de quoi il s'agit.
Et y a des jours où t'as la main heureuse.
Tu as lu ces premières lignes:
"Un jour, j'ai reçu une lettre, une longue lettre pas signée. C'était un évènement  car dans ma vie je n'ai jamais reçu beaucoup de courrier. Ma boîte aux lettres se bornant à m’annoncer que la-mer-est-chaude ou que la-neige-est-bonne, je ne l'ouvrais pas souvent. Une fois par semaine, deux fois les semaines sombres, où j'attendais d'elles, comme du téléphone, comme de mes trajets dans le métro, comme de fermer les yeux jusqu'à dix puis de les rouvrir, qu'elles bouleversent ma vie.
Et puis ma mère est morte. Alors là, j'ai été comblée, pour bouleverser une vie, la mort d'une mère, on peut difficilement mieux faire." 
Et lorsque que tu relèves les yeux, il s'est écoulé quelques heures, tu viens de lire les dernières lignes et tu es toute ébaubie par ce texte. Tu l'avais acheté parce que tu avais lu de beaux articles le concernant, mais tu l'avais laissé de côté, parce qu'en vérité tu pensais qu'il était victime de son succès. La fin du résumé de la quatrième de couverture:
"Peu à peu, Camille comprend qu'elle n'est pas étrangère au terrible secret que cette correspondance renferme."
te faisait craindre le pire.

Tu te confortes dans l’idée qu'il ne faut jamais se fier aux quatrièmes...ni résumer aucun livre.

Tu sais maintenant que sous "terrible secret" peut se cacher un petit trésor d'écriture et d'émotion. Tu sais aussi que celles et ceux qui l'ont lu savent, et qu'il y a les autres, encore étrangers à la confidence.


Le confident, Hélène Grémillon, éditions Folio

Ce livre vous est offert par votre libraire #2

Ce mortel ennui vous est offert par votre éditeur...
Pas très argumenté comme article, je te l'accorde.
Malheureusement je n'ai rien à ajouter de plus, au risque d'être désobligeante.

Eloge des femmes mûres, Stephen Vizinczey, éditions Folio

mardi 18 juin 2013

Erreur d'aiguillage

Emmanuel Carrère. Le type qui s'attaque à des trucs pas rigolos rigolos. 
Le type qui s'est interrogé sur le cas de Jean-Pierre Romand, et qui a correspondu avec lui avant d'écrire L'Adversaire
Le type qui a vécu plusieurs semaines avec Edouard Limonov avant de publier un livre qui le raconte
Le type D'autres vies que la mienne
Le type d'écrivain qui travaille son sujet.

J'avais entendu des choses sur La Moustache. Je me souvenais plus ou moins qu'un film en avait été tiré (réalisé par ce cher Emmanuel lui-même). C'est un livre qui a presque trente ans, il a eu le temps de faire parler de lui, et de disparaître pour mieux resurgir au fil de diverses rééditions.

Je croyais que c'était drôle.

Je crois n'avoir jamais lu quelque chose d'aussi terrifiant.

Alors, mon cher Emmanuel, 
Laissez-moi vous dire que vous gardez votre place dans mon panthéon des auteurs, mais sachez que vous y avez pour un temps celle peu envieuse de celui qui m'a fait flipper grave. A cause de vous,  je n'ose même plus demander à mon conjoint si je suis mieux avec ou sans moustache, de peur qu'il me soutienne que je n'en ai jamais portée. 
Je ne vous en veux pas, je pense même que c'est un livre qui mérite d'être lu. Je suis certaine que travailler sur ce sujet-là n'a pas été qu'une partie de plaisir, et je préfère ne pas savoir d'où vous est venue telle inspiration.
Bien à vous,
Ps: c'est drôle cette moustache que vous arborez sur les photos qu'on trouve de vous partout...ça vous est venu comment?
Crédit photo / Télérama 

La Moustache, Emmanuel  Carrère, Editions Folio

mercredi 12 juin 2013

La liste de mes courses

Beurre
Fruits
Croquettes + sachets chats
Poisson - crevettes
Cotons-tige
Dosettes
Sacs poub
3 tuteurs tomates
Éponges
Lessive
Lait
4 yao....j'arrête là, je sens que tu te lasses.

Ça fait même s'hérisser les tulipes...et crois-moi pour faire réagir une tulipe, il en faut.


La liste de mes envies, Grégoire Delacourt, éditions du Livre de Poche

dimanche 9 juin 2013

Le printemps est aussi une qualité

"...le printemps est aussi une qualité et il n'y a pas de raison pour qu'un jour de printemps ne prenne pas place à n'importe quel moment de l'année."
Ne serait-ce que pour cette phrase-là, il faut lire Elles ne se rendent pas compte.
Il est un des livres que Vian publia sous le nom de Vernon Sullivan, un de ses innombrables pseudonymes. 
C'est un texte plein de tout Vian: la poésie, la fraîcheur, la drôlerie, l'imaginaire.
Toi qui l'a lu, je t'entends taper du sabot; oui il y est question d'homophobie, oui il y transparaît une violence intolérable, mais c'est justement là que réside le génie de cet homme: traiter de sujets indéniablement graves en ayant l'air de le faire à la légère.

J'avance à petits pas dans mon challenge Boris Vian, initié par l'oeil qui fume. Je me balade avec délice dans cet univers si moderne malgré son âge avancé.

Si tu es tenté(e) par une escapade enchantée, je te conseille un tour sur le site officiel de l'énergumène. N'hésite pas à y promener ta souris avant de t'abandonner sur la page.
Bon voyage.


Fil de lecture #21

Espace vide, Trekel Risbjerg, éditions Treize Etrange

samedi 8 juin 2013

Mange, tu ne sais pas qui te mangera

C'était un samedi d'avril. Il aurait pu faire beau. Il tombait des cordes. Des seilles. 
Tu attendais, attablée contre la vitrine d'un bistrot. Tu avais un petit livre glissé dans ton sac. Un café insipide posé devant toi. Pour en passer le goût, tu as pris le livre.

Tu avais lu Le Pingouin, tu t'attendais alors à quelque chose de saugrenu. Tu ne fus pas déçue. Tu dégustas cette cinquantaine de pages. Attablée, à savourer les plats décrits au fil des pages, tu en oublias ton café, qui ne méritait pas meilleur sort.

Il te fallut demander un verre d'eau pour faire passer le goût de la fin. Pour le goût du café, il était trop tard.

Truite à la slave, Andreï Kourkov, éditions Liana Levi - Piccolo


jeudi 6 juin 2013

Muratti

Je me suis décidée à lire Laurent Gaudé il y a peu. Je ne sais pas ce qui me retenait. Je sais juste que j'aurais dû me laisser faire avant.
J'ai lu Ouragan. Il m'a fait un effet tel que j'ai bien été incapable d'écrire quoi que ce soit à son propos. Les personnages m'ont bouleversée, j'avais l'impression de pouvoir les toucher, je me suis totalement laissée happer par cette écriture.

Et puis j'ai pris entre mes mains Le soleil des Scorta.

Tu te souviens de mon émotion à la lecture du Coeur Cousu de Carole Martinez, je l'ai retrouvée intacte dans ce soleil-là.

J'ai senti la chaleur et la rudesse du soleil de plomb du sud de l'Italie, j'ai senti le poids de tous les secrets peser sur mes épaules, j'ai senti les parfums et les odeurs, les parfums des oliviers, les odeurs de tabac et de sueur, j'ai entendu craquer la croûte du pain et claquer les talons des enfants dans les ruelles.

Et j'ai vu. J'ai vu ces hommes et ces femmes s'aimer et se détester, j'ai vu les ombres se faufiler, j'ai vu les rayons du soleil traverser les vitraux de l'église.

J'ai tout vu. J'ai presque tout entendu.

Je ne dirai rien.







"Lorsque le soleil règne dans le ciel, à faire claquer les pierres, il n'y a rien à faire. Nous l'aimons trop cette terre. Elle n'offre rien, elle est plus pauvre que nous, mais lorsque le soleil la chauffe, aucun d'entre nous ne peut la quitter. Nous sommes nés du soleil. Sa chaleur, nous l'avons en nous. D'aussi loin que nos corps se souviennent, il était là, réchauffant nos peaux de nourrissons. Et nous ne cessons de le manger, de le croquer à pleines dents.
[...]
Nous sommes les mangeurs de soleil." 

Le soleil des Scorta, Laurent Gaudé, éditions Actes Sud
 

lundi 3 juin 2013

No comment

C'est l'histoire d'un banc. 
Ce sont 325 planches de traits purement poétiques.
C'est un banc éminemment politique.
C'est un banc.
C'est un peu de bois et d'acier.



       

Un peu de bois et d'acier, Chabouté, éditions Vent d'Ouest                                                                                           

vendredi 31 mai 2013

Des fourmis dans la bouche

Comment écrire la condition des femmes émigrées sans pathos et en se riant des clichés. Khadi Hane sait le faire de belle manière. Ce texte est la clé d'un monde pétri d'humanité et d’inhumanité, de couleurs et tellement terne, d'amour et d'obligations, de ferveur et de désespérance.

Marché de Château-Rouge/Crédit photo internet















 "Loin de l'avouer, il se mit aussi à prophétiser, comme tous les pauvres d'Afrique pour qui la faim est juste une histoire de fatalité. Lui aussi évoqua ce sacré paradis, où l'on ne manquerait de rien. Mais c'était sur terre que j'attendais l'aide de Dieu."

Des fourmis dans la bouche, Khadi Hane, éditions Denoël

dimanche 19 mai 2013

Je ne comprends rien aux succès littéraires

A sa sortie je lui avais échappé. A la bibliothèque je l'avais laissé de côté. 
Méfiante, j'étais. Méfiante j'aurais dû rester. Il m'a eue à l'usure. Un moment de faiblesse et il a sauté dans mon panier.
C'est le pélican de la couverture qui m'a fait de l'oeil (c'est pour ça aussi qu'il plaît à Barnabé). Tu connais mon faible pour les oiseaux...et pour les pélicans en particulier (j'étais fan de Petzi quand j'étais petite, et je rêvais d'avoir un pélican comme Riki). 
Ceci étant, le pélican est mon personnage préféré de l'histoire, juste parce qu'il ne peut pas blairer le narrateur.
Attention, ce n'est pas totalement nul hein, je n'ai pas dit ça, j'ai même un peu ri sans faire exprès quelques fois, mais de là à en faire tout un plat!
Si tu veux savoir, c'est un livre loufoque, en moins bien; c'est un livre burlesque, en moins bien; c'est un livre bien écrit, en moins bien; c'est un livre court, en moins bien; c'est un livre américain, en moins bien; c'est un bon livre, en moins bien.
C'est quoi le titre déjà?

En moins bien, Arnaud Le Guilcher, éditions Pocket

mercredi 15 mai 2013

mardi 14 mai 2013

Even


Tu commences ce livre sans rien savoir, ou presque. Très vite tu comprends que tu ne t'en tireras pas comme ça. Très vite tu piges que ce texte-là, les images qu'il te fabrique, ces personnages-là, tu n'es pas prête de les oublier. 
Sûrement que tu ne les oublieras jamais, d'ailleurs.
Dire que tu as failli passer à côté. Dire que tu pensais que tu n'aimerais pas.
Faut pas exagérer non plus, cela n'a pas été un moment de plaisir, ça t'a pris un dimanche, le début au soleil (si si) dans un transat, avant de migrer dans ton lit pour terminer une lecture indélébile. Parce que la trace elle reste. L’atmosphère spéciale qu'elle a donnée à ce dimanche. Le malaise persiste, deux semaines plus tard. Parce qu'il t'a fallu deux semaines pour arriver à écrire ton ressenti. 
Deux semaines pour te rendre compte que tu ne sais pas si les personnages avaient un nom, mais tu les vois très bien déambuler, tu les sens, tu as envie de couvrir l'enfant de tes bras pour le protéger de ce froid qui l'engloutit, tu as été heureuse et savonneuse avec eux lorsqu'ils ont trouvé de quoi se laver.
Il est des "livre-trace".
La Route en est un, et de belle envergure.

La Route, Cormac McCarthy, éditions Points Poche, traduction François Hirsch

Sales gosses et mauvais parents / Sales parents et mauvais gosses

Parmi les dernières propositions de Masse-Critique de Babelio, je n'avais coché qu'un seul livre exceptionnellement, parce que c'était celui que je voulais absolument recevoir.
Tout rouge, le titre accrocheur, je ne pouvais qu'être attirée par Le gros RALbum de tous les y'en a marre!


J'avais imaginé des y'en a marre de ne pas avoir le droit de gratter dans son nez, y en a marre de ne pas pouvoir mettre mon short préféré en hiver, y en a marre de ne pas pouvoir manger du ketchup à tous les repas... un truc un peu drôle avec un vrai regard d'enfant. 
Et j'ai tourné les pages d'un album dans lequel les parents n'écoutent pas leurs enfants, ne les laissent pas terminer une page d'un livre au moment de passer à table quand ils ne les menacent pas de devenir balayeur...


Je doute que le balayeur cité le soit dans le sens poétique de ce  balayeur-là: 

Les papiers by Tetes Raides on Grooveshark

Tu comprendras que je n'ai pas adhéré aux "marre que Maman préfère s'occuper du ménage plutôt que de moi" et autres "marre d'être traité devant tout le monde à la maison ou en classe: bon à rien, nul, tête de mule, tête de lard."

Il ressort bien évidemment des vérités de ce petit livre rouge, je ne suis pas naïve au point de croire que tous les parents ont toujours de la patience et pèsent leurs mots avant de répondre à leur progéniture, je sais bien qu'il n'est pas possible d'avoir un éléphant ou un crocodile à la maison même si c'est le rêve absolu de petit dernier et je sais aussi que malheureusement peu de parents ont véritablement le temps et la disponibilité d'esprit pour se mettre au niveau de leurs enfants et leur expliquer posément le pourquoi et le comment de leur quotidien.

Il n'en reste pas moins que ce livre manque de fraîcheur et de cette naïveté si belle à l'enfance...

Le gros RALbum de tous les y'en a marre, Elisabeth Brami et Gilles Rapaport, éditions Seuil Jeunesse


samedi 4 mai 2013

"c h o u i l l a"

Nadine Monfils, en voilà une qui a été marquée par Frédéric Dard...c'est un peu pareil mais écrit par une fille, ce bouquin.
C'est-à-dire une intrigue un chouilla tirée par les cheveux, une écriture truffée de jeux de mots franchouillards (je participe au concours de jeplacelemaximumdefois"chouilla"danslamêmephrase), Béru en fille: une grand-mère totalement déjantée, vulgaire, obsédée sexuelle et dont le dieu vivant est Jean-Claude Vandamme...

Dans le genre roman policier de gare dans lequel on joue avec les mots, je vote plutôt pour le Poulpe.

La petite fêlée aux allumettes, Nadine Monfils, éditions Pocket

lundi 29 avril 2013

Canard sauvage

Si tu ne prends jamais l'air au jardin du vent, tu ne sais pas qu'en des temps pas si lointains un joyeux poulailler enchantait le-dit jardin. 
Les premières poulettes de l'histoire se prénommaient Priscilla, Sharon et Monica. De belles poules jusqu'au bout des ergots. 
Les ergots qu'elles ne vernissaient que pour elles-mêmes. Jusqu'à l'apparition de George, un grand canard de Rouen à l'air clownesque (what else?) dont on nous fit cadeau. Le canard de Rouen, si tu ne situes pas bien, c'est un colvert de la taille d'une oie, bête et méchant. Ce n'est par conséquent pas le plus beau des cadeaux.
George se prenait pour le roi de la basse-cour. Bien qu'il eut l'air niais de n'importe quel canard du monde, il se la pétait grave. Même nous, il nous regardait de haut en caquetant d'un air dédaigneux. Il ne pouvait pas blairer notre chien qu'il attaquait sans vergogne. 

Avant de lire ce livre-là, je me disais que j'avais mal jugé ce pauvre George.
Malgré tout ce que j'avais vu, de mes yeux vu, je doutais qu'un canard puisse avoir bon ou mauvais esprit intentionnellement.
Désormais je sais que le canard n'est pas ce qu'on croit.

Si toi aussi tu détestes les canards, prends une heure et lit cette jolie fable.

Si toi aussi tu adules les canards, prends une heure et lit cette jolie fable.

Coin. Coin coin.

" - Nous refusons absolument tout ce qui sort de l'ordinaire.
 - Eh ben, ça doit vous faire une petite vie bien merdeuse et salement étroite, non? Alors voilà: il se trouve que vous avez ici un canard d'attaque dressé pour le Kung-Fu et spécialement élevé pour nous par la société Tong. Nous la laisserions bien à la maison mais elle massacre tous les coyottes." 

Coin.

L'oiseau Canadèche, Jim Dodge, éditions 10/18, traduction Jean-Pierre Carasso

vendredi 26 avril 2013

Au suivant

J'avais été particulièrement émue par L'envoûtement de Lily Dahl, lorsque j'y songe j'entends la douce voix de Barbara qui avait accompagné ma lecture.
Sans craintes j'ai donc choisi Un été sans les hommes.
Et rien.
Sauf Abigaïl et ses broderies à double-sens.
J'ai beaucoup aimé ce personnage qui impose discrètement et subtilement son espièglerie au monde.

Moi Je Me Balance by Barbara on Grooveshark

Un été sans les hommes, Siri Hustvedt, éditions Actes Sud, traduction Christine Le Boeuf

mardi 23 avril 2013

Mon premier est le neuvième

Comment ça , un tracé d'autoroute, des paysans, des vaches, un vétérinaire inséminateur et un border collie un peu débile ça peut pas faire une bonne BD?

On parie?


Par ici tu peux faire plus ample connaissance avec Etienne Davodeau, le type qui arrive à dessiner l'air con des vaches quand elles courent...


...pour le reste, jette-toi sur ce petit livre excellent à la santé.

Rural! Etienne Davodeau, éditions Delcourt

lundi 22 avril 2013

Blop

Il est des textes dont je pense qu'ils sont quelque chose, qu'ils ont une valeur certaine, mais auxquels je reste absolument et d'une déconcertante façon, totalement hermétique.
Ce livre-là en est un exemple.
























Qu'avons-nous fait de nos rêves? Jennifer Egan, éditions Stock, traduction  Sylvie Schneider

samedi 13 avril 2013

Ça n'arrive pas qu'aux autres

Côté fille seule, jolie rencontre, rocambolesque et couverture rose fuchsia, je vote sans hésitation pour L'Embellie, mais je dois reconnaître que dans la morosité ambiante, derrière les carreaux ruisselants de pluie, guettant fébrilement le retour des hirondelles, je me suis laissée faire par celui-là:


Une fois n'est pas coutumes, je n'ai pas détesté un phénomène grand public. Comme j'avais adhéré au Mec de la tombe d'à côté, j'ai trouvé agréable de tourner les pages d'un livre facile, drôle et bien mené.
Je t'entends ricaner...soit prudent(e) quand même tu n'es pas à l'abri de tomber dedans aussi!

Demain j'arrête, Gilles Legardinier, éditions Pocket

jeudi 11 avril 2013

La lecture, un regard

"Tu lis toujours des livres qui ont de ces titres...", me dit ma collègue de travail.
J'ai de la chance, j'emporte des livres au travail, parce que parfois je lis au travail.
Mes collègues de travail piochent dans mes livres, mais n'y trouvent pas souvent leur bonheur.

A l'un d'entre eux j'ai déjà dit que peut-être il n'aimait tout simplement pas lire. Mais il persévère, il a envie d'y prendre du plaisir. Quand cela vient-il?
J'ai toujours aimé lire, je me souviens des mes bibliothèques roses avec délice, je me souviens de mon impatience de pouvoir ouvrir le nouveau que je venais de recevoir.

Est-ce que tout le monde aime lire dès le départ?

Cela est-il en lien avec l'apprentissage de la lecture, avec un texte déclencheur, ou cela dépend-il seulement d'une vue de l'esprit?

Pourquoi un livre ne fait-il pas le même effet à chacun? 
Pourquoi les mots qui me caressent, hérissent-ils l'autre lecteur? Pourquoi les histoires qui me lassent en fascinent-elles tant d'autres? Pourquoi un texte qui me tourneboule t'indiffère à ce point?

Pourquoi suis-je absorbée par l'écriture de Maylis de Kerangal? Comment puis-je trouver du plaisir à lire un livre tel que celui-là?

Juste pour ça, 
"Il sourit, il se trouve beau à côté d'elle, il aime que cette fille l'envahisse comme le dehors envahit la capsule, s'y engouffre, reconfigure leur présence et débride leurs mouvements tout autant que la libre circulation de leurs fantasmes, il aime le rapport de leurs deux corps qui grandissent et rapetissent comme dans un conte magique à mesure qu'ils se touchent, à mesure qu'ils enclenchent maintenant les gestes banals d'une première fois et que la cabine de verre, elle, devienne la scène toujours renouvelée des intrigues."
Pour ces belles longues phrases qui font se perdre l'imagination, et pour tout le reste.



Naissance d'un pont, Maylis de Kerangal, éditions Folio

Fil de lecture #18

Bye-bye Barbery Lane, Chroniques de SF, Saison 6, Armistead Maupin, éditions 10/18, traduction François Rosso

mardi 9 avril 2013

S'il te plaît, dessine-moi une chanson

Faut que je te dise. Les z'ovni existent. J'te jure. J'en ai vu un dimanche. Je l'ai même tenu entre mes mains (si c'est possible! C'est pas forcément surdimensionné un ovni).
Sa couleur? Vert bien évidemment, avec une sorte de rayure brique et du blanc aussi.
S'il véhiculait des individus? Oui oui, Dominique A et Philippe Katerine.
J'te jure.
Une histoire de fou.



Si tu rêves de connaître le vrai nom de Dominique A, si tu aimes les univers décalés, si tu aimes les histoires policières, si tu n'aimes pas Frédéric François, si tu trouves Philippe Katerine drôle, si tu aimes la bande dessinée, et même si tu n'en es pas fan, tu devrais jeter un oeil sur cette objet dessiné et très bien identifiable.

J'aurai ta peau Dominique A, Arnaud Le Gouëfflec et Olivier Balez, éditions Glénat  

dimanche 7 avril 2013

Double sens

Jeune adolescente, ma première lecture de L’Écume des Jours m'avait profondément marquée. Je m'en souviens comme du texte qui m'a donné envie de comprendre la technicité de la langue, qui m'a offert un monde dont je soupçonnais l'existence mais dans lequel je n'avais jamais vraiment plongé: la poé-sie et -tique.
J'y étais entrée toute entière, pétrie de mon innocence d'alors.
J'ai pris un nouveau bain quelques années plus tard et une once d'innocence en moins. Même effet, quelques degrés de compréhension en plus, mais il n'en demeurait pas moins une douceur enveloppante, voilant l'atrocité du dénouement.
Le lire une fois encore aujourd'hui me l'a rendu presque inacceptable. Je me suis laissée encore emportée par la virtuosité de l'écriture, mais je n'ai été emprunte que de la noirceur du fond.

De la douce écume couvrant la confiture qui cuit, je suis passée à l'écume qui file au coin de la bouche malade.



L’Écume des Jours, Boris Vian, édition de la Bibliothèque du Temps Présent

samedi 6 avril 2013

Savoir faire

Chaque fois que j'ai entre les mains une bande dessinée d'Etienne Davodeau, je me répète qu'il est sans conteste l'auteur qui doit faire aimer cet art-là au plus ardent des réfractaires.
Loin de moi l'idée qu'il est un auteur facile...au vu des sujets auxquels il s'attaque on pourrait même s'attendre au contraire, mais il a l'art et la manière d'attraper au vol l'attention du lecteur, et du non-lecteur. 
Les Ignorants n'échappe pas à cette loi, tu peux faire le test. 


Comme ses autres livres, Les Ignorants ne se raconte pas. 
Il se lit, se feuillette, se regarde. Sans modération.
Miraculeusement, il se boit aussi.


Les Ignorants, Récit d'une initiation croisée,  Etienne Davodeau, éditions Futuropolis

mardi 2 avril 2013

Et Vian

Au hasard de mes balades je suis tombée sur un challenge qui me titille, d'autant que je viens juste de reprendre L’Écume des Jours pour la jenesaispascombientièmefois.

Il s'agit d'un challenge initié par L'oeil qui fume, si tu trouves l'idée alléchante, tu liras toutes les règles établies pour ce défi sur son blog.


Je m'inscris d'ores et déjà dans la première catégorie, espérant bien atteindre la troisième illustrée de ma chanson favorite de Vian

lundi 1 avril 2013

L'écriture au bout des doigts

Jamais tu n'aurais cru que tu lirais avec plaisir un texte sur la guerre. La première qui plus est. Et pourtant cet après-midi, tu as lu cette guerre-là avec bonheur. 
Tout ça pour un type. Un type que tu ne connais même pas, mais qui te caresse de sa plume depuis plusieurs années déjà. 
Cette histoire n'augurait rien de bon, puisque ses premiers mots pour toi avaient été Je m'en vais, mais tu l'as suivi, telle une ombre avide. Il a traîné avec Des grandes blondes, t'a fait Courir et Un an plus tard t'a présenté Ravel, entre autres pages.
Parmi celles d'aujourd'hui, tu lis ceci:
"Ne fût-ce qu'à cause de ces deux-là, le pou, le rat, obstinés et précis, organisés, habités d'un seul but comme des monosyllabes, l'un et l'autre n'ayant d'autre objectif que ronger votre chair ou pomper votre sang, de vous exterminer chacun à sa manière - sans parler de l'ennemi d'en face, différemment guidé par le même but -, il y avait souvent de quoi vous donner envie de foutre le camp."
Si tu pouvais, tu le lirais les yeux fermés.

"Se laissant plutôt aller à surveiller les signes du printemps - c'est toujours émouvant à observer, le printemps, même quand on commence à connaître le système, c'est une bonne façon de se changer les idées -, Arcenel s'est montré tout aussi  attentif au silence, silence à peine teinté par les grondements du front jamais si loin, et qui ce matin d'ailleurs tendaient à s'atténuer."
De cette si belle façon il te fait traverser cette infamie du début du vingtième siècle.

14, Jean Echenoz, éditions de Minuit 
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