mardi 21 juillet 2015

Nouveau monde

En cette année particulière où le dessin de presse à sauté à la face du monde, il était le fil conducteur que tu avais choisi pour un module en classe de seconde. Depuis septembre, tu ramais, les élèves nageaient, barbotaient, se noyaient entre dessins de presse et Bd de reportage. Tu leur ouvrais les portes d'un monde qui leur était inconnu et opaque. Ils ne tissaient aucuns liens entre l'actualité et ce type de dessins. De rares doigts s'étaient levés pour citer, en les estropiant, les noms des dessinateurs de Ouest-France et du Télégramme, pour le reste nada. Tu n'as pas lâché l'affaire. Tu leur as fait lire des entretiens entre Numa Sadoul et des dessinateurs. En ronchonnant pas mal, ils ont tourné les pages des Bd de Sacco, Chappatte et d'autres, visionné des petits reportages, jusqu'aux vacances de Noël. En janvier, tu allais pouvoir démarrer l'analyse du dessin de presse en tant que tel.

©Yacine - Le Ravi
Tu as eu cours avec eux le 8 janvier. Tout avait changé. Ils voulaient tout savoir. Ils avaient tous un avis. Passé le seuil de l'attrait du morbide, les débats ont été houleux, laborieux parfois : un manque crasse de culture nuit forcément à la compréhension des événements et de leur transcription médiatique. Ils ont compris que tu leur avais tendu les clés des portes d'un monde qui leur ouvrait l'esprit. Ils se sont intéressés de plus près à la réflexion que tu proposais. A leur tour, ils ont pris un crayon. Tout n'était pas bon, mais tu as pu afficher quelques dessins convaincants. Après avoir appris à décrypter les dessins d'auteurs renommés, ils ont analysé les dessins les plus probants de chaque classe. Il t'a semblé qu'ils étaient fiers de faire partie de ce monde nouveau pour eux.

Il faut être lucide, personne n'est venu relire une Bd de reportage (faut dire que les auteurs de celles du CDI ne sont pas morts dans de tragiques circonstances...), personne n'est venu reprendre non plus le très bon livre d'entretiens de Numa Sadoul. On y passe pourtant d'agréables moments en compagnie de Cabu, Charb, Kroll, Luz, Pétillon, Siné, Willem et Wolinski. Numa Sadoul avait mené ces échanges entre 2006 et 2009. Parus en 2014, ils demeurent en phase avec l'actualité.

Dessinateurs de Presse, Entretiens avec Cabu, Charb, Kroll, Luz, Pétillon, Siné, Willem et Wolinski, Numa Sadoul, Editions Glénat

jeudi 16 juillet 2015

La BD du futur

Le Tome 2 est digéré depuis belle lurette, et je ne t'ai pas encore parlé du Tome 1. 
Peu importe, tu liras les deux, et ceux qui suivront. Tu liras, parce que tu as envie de comprendre les différences. Tu liras parce que tu veux donner un sens à ce titre. Tu liras parce que tu as envie de savoir pourquoi certaines pages sont bleues, d'autres jaunes, roses, rouges ou vertes. Tu liras parce que tu aimes le travail de Riad Sattouf.
Tu liras parce que tu auras entre les mains une des clés.  



L'Arabe du Futur, Riad Sattouf, Editions Allary

jeudi 9 juillet 2015

Chute libre

Il t'arrive de te sentir totalement démunie devant un livre. C'est assez rare. Très enthousiaste, tu avais coché Conduire le changement en bibliothèque dans la dernière liste de Masse Critique proposée par Babelio. Tu pensais dévorer littéralement ce type d'ouvrage et y trouver quantité de pistes intéressantes pour ton travail. Te voilà totalement hermétique à ce que tu lis.
De nature laborieuse, tu n'es pas du genre à te laisser pilonner par un livre, alors tu l'as repris plusieurs fois: dans l'ordre, dans le désordre (possible puisqu'il s'agit d'un ouvrage technique chapitré), en t'appliquant, en lisant en diagonale...fiasco intégral.
Tu te retrouves dans une posture gênante, en retard pour chroniquer un livre dont tu n'as rien à dire...

Remerciements et excuses à Babelio et aux éditions de l'enssib

Conduire le changement en bibliothèque, Christophe Pérales, éditions de l'enssib



samedi 4 juillet 2015

La vie est aussi une bd

Si tu penses que tu n'aimes que la littérature, ose un ouvrage d'Etienne Davodeau. 
Si tu crois que tu n'aimes pas la bande dessinée, ouvre un album d'Etienne Davodeau. 

Je ne te dirai rien de plus. Laisse-toi dessiner la vie.




Le Constat, Etienne Davodeau, Editions Dargaud

mardi 2 juin 2015

T'ai-je déjà dit ma rencontre avec un ange?

Te souviens-tu de ce jour de juillet dernier au cours duquel je t'avais présenté Fay ? Fay Renoir, la demoiselle elliptique, ça te revient ? La jolie jeune fille, le handicap, le fauteuil, l'épilepsie, tu te souviens ? Et les dessins, tu ne les as pas oubliés?

Je ne t'avais pas tout dit. Elle était amoureuse. De son ange gardien. Comment ? De l'eau de rose ? Tu n'y es pas du tout.

(Et tu sais très bien que l'eau de rose, ce n'est pas ma tasse de thé, sauf à pâtisser, mais c'est une autre histoire...)

Dans ses absences provoquées par l'épilepsie, Fay vit sur ses deux jambes et retrouve l'usage de la parole. Ce monde-là lui offre des émotions différentes. Elle s'y aventure avec une sorte de plaisir addictif, comme on se précipiterait dans un train fantôme. C'est angoissant mais c'est grisant. 

Il est possible de lire ce second volume comme un pur roman fantasy. Tu peux aussi le lire d'une façon plus philosophique, au regard de l'allégorie de la guérison, sur laquelle s'appuie l'histoire. 

Merci aux éditions Thot :-)


Fay Renoir, la face sombre des anges, Marlène Chombart-Lemoine, éditions Thot

samedi 2 mai 2015

Plume

Des ombres et des sons, des respirations et des mouvements...que de souvenirs et de sensations retrouvées.
Le Cirque Plume a bercé mes années lycée et fac, son chapiteau presque sous mes fenêtres, ses notes de musique accompagnant mes errances de jeune adulte. Le retrouver sur scène il y a quelques jours a été la source d'une émotion particulière. "Sourieuse", ai-je envie d'écrire. 
Un bonheur indescriptible, une poésie qui offre du rire et des larmes. 





Ressassant des images du spectacle et d'autres plus anciennes, je cueille des passages du bel Abécédaire du Cirque Plume réalisé par Bernard Kudlak, un des fondateurs de cette belle aventure. Des bribes d'histoires, des croquis, des photographies, de la poésie, des esquisses de spectacle : une malle aux trésors.

Abécédaire du Cirque Plume, Bernard Kudlak

mardi 14 avril 2015

Impossible ballade

Qu'est-ce qui m'échappe dans les livres de Murakami?
Quel est ce mystère qui me donne envie de lire, qui me pousse à chercher ce qui fascine tant de lecteurs et qui me traverse sans m'effleurer ?


La ballade de l'impossible, Haruki Murakami, Editions 10/18, traduction Rosa-Marie Makino-Fayolles

mardi 7 avril 2015

Le nuage et l'Original

A Brest en Bulles, le festival de bande dessinée de Brest, tu es restée plantée devant des dessins. Tu ne t'attendais pas à ce frisson-là. Tu sentais bien que depuis janvier, tu ne te débarrassais pas de ce nuage sombre, un peu collant. Tu ne savais pas que quelques traits de crayon t'époustoufrissonneraient à ce point. Les uns avançaient, et toi tu bloquais. Tu bloquais devant les dessins originaux et les photographies non officielles de l'expo hommage à Charlie. 

Le nuage s'est éclairci. Comme si la force de ces dessins l'avait désintégré. Tu relis, avec plaisir et voracité. 

Tu as acheté un recueil de dessins, hommage lui aussi. Très beau, très fort. Le comble pour un recueil de dessins, il commence par un texte : 
"Quand avec Choron, "mon frère", nous avons pris le risque de lancer Hara Kiri, puis Charlie Hebdo, nous n'avions pas l'intention de faire de l'humour - "faire de l'humour" ! Quelle dérision ! - mais bien de rire, de rire et de faire rire sans entraves, sans tabous et sans prétendre réformer les mœurs ou la morale.
Rien n'est sacré. Pas même le bon goût. Pas même le militant. Surtout pas le croyant. Ne croyant à rien de transcendant, nous n'avions rien à respecter. L'humour est un coup de poing dans la gueule. Cette phrase que je revendique fut notre profession de foi.
Rien n'est tabou, rien n'est sacré. Le partisan rit de son adversaire, le croyant rit du non-croyant d'en face. Ne croyant en rien, n'adhérent à rien, nous riions de tout et de tous. Le rire est brutal, provocateur, imprévisible, injuste, sans pitié. Il ne venge, ni ne punit, ni ne juge. Il s'en fout."
Extrait d'un texte de Cavanna, datant de 2012
  La BD est Charlie, Collectif d'auteurs, multi-éditeur

samedi 4 avril 2015

Partage sans concession

(Re)lire Matin Brun. 
L'évidente nécessité.

"Ce matin, Radio brune a confirmé la nouvelle. Charlie fait sûrement partie des cinq cents personnes qui ont été arrêtées. Ce n'est pas parce qu'on aurait récemment acheté un animal brun qu'on aurait changé de mentalité, ils ont dit.
"Avoir eu un chien ou un chat non conforme, à quelque époque que ce soit, est un délit."
Le speaker a même ajouté:
" Injure à l'Etat national."
Et j'ai bien noté la suite. Même si on n'a pas eu personnellement un chien ou un chat non conforme, mais que quelqu'un de sa famille, un père, un frère, une cousine par exemple, en a possédé un, ne serait-ce qu'une fois dans sa vie, on risque soi-même de graves ennuis." 

J'avais oublié que l'ami s'appelait Charlie. Je n'avais pas oublié le reste du texte. Je n'avais pas oublié le frisson glacial que procure cette lecture.
N'oublions pas de le glisser sous tous les yeux qu'on croise.
Une nouvelle édition illustrée par C215 est désormais disponible.
Inoubliable.
© C215 / The Chemistry Magazine

 Matin Brun, Franck Pavloff, Editions Albin Michel, illustrations C215

jeudi 2 avril 2015

J'ai bien connu ma mère

Parmi tes blogocop's, il y a des écriveuses. Plusieurs. La plupart noircissent les écrans, savent que quelques paires d'yeux lisent, mais on en reste là. Et puis il y a les courageuses, celles qui osent, et impriment ; les laborieuses, qui travaillent un texte de plusieurs dizaines de pages. Des centaines parfois. 
Par un pur hasard, le livre de L. et celui de C. ont un personnage principal commun: leur mère. Des histoires différentes bercées par les mots de ces filles aimantes. 
Le livre de Claude-Sophie est une fiction dont on sent bien la part de vérité s'emmêlant. Tu le lis d'une traite, emportée par un secret que tu espères décrypter avant tout le monde. Tu te laisses emporter par une vague amoureuse, empreinte d'une certaine nostalgie souriante. Celle que tu aimes. Celle qui te rappelle ta mère.

Comme L. , Claude-Sophie peint. Tu avais reçu en plein cœur les peintures qu'elles t'envoyaient quand tu en avais bien besoin.


J'ai bien connu ta mère, Claude-Sophie Gibrat, Editions du Net

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