dimanche 17 janvier 2016

Philosopher sans en avoir l'air #3

Je ne sais pas bien d'où vient le problème. JUL me lasse. Lorsque je l'avais rencontré, je le trouvais drôle, j'aimais ses dessins, nous étions sur la même longueur d'onde, et puis. Et puis, les habitudes sans doute, moins de légèreté, le poids des années, je ne sais pas. Ses blagues ne me font plus beaucoup rire, ce que je trouvais subtil me paraît lourdingue, peut-être est-ce toujours subtil et je deviens lourdingue. Notre histoire s'étiole.
Merci pour ce mammouth annonçait une rupture, le second volet de La Planète des Sages met un point final à notre relation. 
Je l'avais prévenu lors de la parution du Tome 1 : cette idée de double page oui, mais à condition que la planche soit vraiment drôle et que le texte en miroir soit accessible et complet. Et si tu revois ce Charles...
Ils se sont revus. 
Evidemment, il a voulu m'amadouer: des planches en double page, et autant pour la partie rédigée. Il sait mes inclinations, alors une bonne double pour Chomsky, une caresse du Petit Prince, il sait mes combats : les femmes ont été un peu moins mises à l'écart.
Mais JUL et moi ne vieilliront pas ensemble.

Merci à Babelio et Dargaud d'avoir voulu nous réconcilier.

La Planète des Sages, tome 2 : Nouvelle encyclopédie mondiale des philosophes et des philosophies par Charles Pépin
tous les livres sur Babelio.com

La Planète de Sages 2, JUL et Charles Pépin, éditions Dargaud

mardi 1 décembre 2015

Andy ?

Toi, tu crois que tout le monde sait qui est Andy Warhol. 

Ah le peintre ?
Si si si, c'est le type qui chantait avec David Bowie, euh non avec Daho ?
Pas du tout c'était un ouvrier de chez Heinz qui peignait les boîtes de sauce tomate...
Vi vi vi vi vi. 
Bon on reprend tout. 

Un opus de la revue Dada consacré à cet artiste de génie vient de paraître. Une manière extrêmement bien construite et ludique de rappeler à tous qui il est. 

Dada c'est exactement le type de document que tu apprécies : toujours très beau, mis en page et policé à l'image de l'artiste présenté. S'agissant d'une revue, le format n'excède quasi jamais la cinquantaine de pages. L'artiste et son oeuvre sont abordés de façon chronologique à travers des doubles pages à thème très judicieusement illustrées (cette fois-ci par exemple, l'une est consacrée à la jeunesse de Warhol, une autre à la Factory). Les articles sont relativement courts et aérés offrant une lecture accessible au plus grand nombre.


Un ABCD'Art ponctue les articles, ingénieuse idée permettant de visualiser l'ensemble des aspects à retenir.



Une technique artistique est dévoilée dans chaque numéro, transformant chaque lecteur de bonne volonté en créateur génial, forcément génial.


La dernière partie de chaque numéro bien nommée "aRtualités" est consacrée à l'actualité artistique plastique.

Tu veux que je te dise ? Dada, c'est mon dada

Pop remerciements à Babelio et aux Editions Arola ;-)

Andy Warhol, Collectif d'auteurs, Editions Arola, Collection Dada




mardi 24 novembre 2015

Le dernier jeudi

Un jeudi comme tant d'autres, tu as empoché ta longue liste d'ouvrages à acheter. Tu jubilais à l'idée des yeux pétillants qui découvriraient bientôt de nouveaux mangas, des romans tous neufs, ce beau livre sur les légendes noires et celui sur l'Afrique d'aujourd'hui. Comme à chaque fois tu as fouiné pendant que le libraire listait ce qu'il devrait commander. Tu as hésité parce que quand même c'était pas tout à fait Noël, tu n'as plus hésité parce que tu rêvais de l'offrir et que Noël au fond tu t'en moques totalement. Tu as pris le sac de livres que le libraire te tendait et tu lui as donné celui que tu avais entre les mains en soulignant (comme presque toutes les fois) que celui-là il était pour toi. 
Tu as dit en arrivant à la maison "Tiens, je nous offre un Océan d'amour".
Tu ne te doutais pas que jamais tu n'oublierais la date et l'heure à laquelle tu l'avais lu. Il était venu à ta rencontre le 12 novembre. Tu étais en train de le lire le 13 en début de soirée.































Un océan d'amour, Lupano & Panaccione, éditions Delcourt

mardi 17 novembre 2015

Ce qui me tue, ou pas

Millénium, tome 4 : Ce qui ne me tue pas par David LagercrantzTu savais que par l'entremise de Babelio, tu allais recevoir le tome 4. Alors tu as relu La reine dans le palais des courants d'air, le dernier tome écrit par Stieg Larson. Tu voulais pouvoir faire un lien entre les deux auteurs. 
L'attendu est arrivé dans ta boîte. Enfin. Une enveloppe ultra-plate. Il t'avait pourtant semblé que le pavé valait ses prédécesseurs, en poids. Tu n'avais pas noté qu'il s'agissait de la version audio. Tu as écouté, mais tu ne retrouvais pas l'univers imaginé par Stieg Larsson. Tu t'es alors tournée vers le pavé imprimé, confiante, persuadée que tu étais désarçonnée parce que tes oreilles ne savaient pas bien lire. Un peu moins de cinq cents pages dévorées avidement quasiment d'une traite...pour les trois premiers tomes. Cette fois-ci, tu es allée jusqu'au bout parce que tu vas toujours jusqu'au bout. Tu n'as abandonné que deux ou trois livres depuis que tu as découvert la lecture. Tu n'as pas retrouvé l'aura des personnages de Stieg Larsson. Tu as passé quelques heures avec des inconnus alors que tu pensais retrouver de vieilles connaissances. Tu n'as pas reconnu les rues de Stockholm que tu avais arpentées dans les tomes précédents. 
Tu as lu un bon polar, tu as aimé l'intrigue et ses péripéties, tu t'es laissée prendre au jeu, mais tu n'as pas lu le tome 4 de Millénium.    
Remerciements à Audiolib et Babelio.

Millénium 4, Ce qui ne me tue pas, David Lagercrantz, éditions Actes Sud, traduction Hege Roel-Rousson

mardi 29 septembre 2015

Toutes une Reine

Un drôle de livre m'est parvenu. Rouge, très fin, quatre-vingt pages environs, écrit comme une chanson. Un titre étrange aussi: Le Jour où je serai Reine. Une histoire de maman qui s'envole, une ritournelle de la vie, le chant du cerveau qui part en confiture. Un livre qui va bien avec l'automne. 

Un livre qui rappelle que la vie ne tient qu'au fil du cœur avec un grand C. Comme le cerveau et le cul. Une tresse de ces trois C : la liane qui te tient debout.

Un livre qui rappelle aussi l'importance des éditions indépendantes. Merci mes Thot.




Le Jour où je serai Reine, Georgette Bonnier, Editions Thot

dimanche 13 septembre 2015

Carrère, l'art et la manière de l'implicite

Il t'a fallu vingt ans pour lire ce livre. Il t'en faudra beaucoup plus pour oublier ce que tu as lu. Ce que tu n'as pas lu, pour être plus juste. Il faut savoir que tout l'art d'Emmanuel Carrère réside dans cette virtuosité particulière : ne pas écrire une seule ligne de tout ce que tu retiendras de cette lecture. 





La Classe de neige, Emmanuel Carrère, Editions P.O.L

mardi 8 septembre 2015

Lire un roman jeunesse fantasy et y prendre du plaisir

Cet été (oui il y a eu l'été) est arrivé dans ma vache de boîte à lettres (oui ma boîte a un air vache) une enveloppe toute déchiquetée, comme si le livre qu'elle contenait avait essayé de s'en échapper (oui c'est possible). Je l'ai immédiatement lu, avant que l'idée de fuir ne le reprenne. C'était le jour de l'été où il faisait beau et chaud. J'avais même dû installer mon joli transat à l'ombre. Je n'ai pas vu passer le soleil, j'ai été happée par un texte ensorcelant. Un texte où se mêlent réalité et fantastique d'une façon si naturelle que d'aucuns pourraient s'imaginer un livre tentant de s'échapper d'une enveloppe...Je l'ai rangé bien à l'abri avant de le déposer sur l'étagère des nouveautés, attendant de voir comment il va s'y prendre pour attirer les élèves. Il est des livres dont les pouvoirs outrepassent celui de leur auteur et du lecteur : Les Portes de L'Oubli appartient à cette catégorie particulière.

Merci aux éditions Thot de cet envoi qui a dû attendre la rentrée pour que je parle de lui

Aux Portes de L'Oubli, Barbara Bret-Morel, éditions Thot

vendredi 14 août 2015

Chère Alice,

Je viens de terminer ta tordante bande dessinée. J'ai ri, souri, hoché la tête et ponctué pas mal de pages d'un joyeux "comme nous". Bon, nous on ne lui avait pas donné de petit nom (et on n'aurait jamais choisi Jean-Pierre, mais ça c'est une autre histoire), et c'était la première fois (et si possible, la dernière) qu'on cohabitait avec un crabe, mais comme toi, malgré la terreur, on a bien ri. Je dis nous, parce qu'on s'y est mis à deux pour lui faire sa fête. Comme toi, on a trouvé que les autres ne le regardaient pas bien en face et auraient pu être plus souriants. Faut pas leur en vouloir, ils ont fait de leur mieux. Comme toi, on a appris plein de mots qu'on ne connaissait pas, mais bizarrement on ne trouvait pas ça fabuleux. Comme toi, le prélèvement dans la hanche est un souvenir qui s'accompagne de nombreuses grossièretés, mais on est devenu des pros du décryptage des résultats d'analyses (on en tire ce qu'on peut). Comme toi, on a eu un moral d'enfer pendant les mois qu'on a passé à lui ratatiner la carapace (entre nous on disait plutôt lui niquer sa race, mais ici je suis un peu plus soft) et on s'est bizarrement senti abandonné quand il a disparu. Soulagés, mais un retour à la vie réelle pas si simple. Comme on ne savait pas dessiner, on t'a laissé faire, et c'est très bien comme ça !

Tu l'auras compris, la BD d'Alice Baguet est un ouvrage autobiographique qui traite d'une affection dont elle a été victime. Dans la lignée de Leslie Plée, le dessin et le texte sont drôles et dotés d'un réalisme enthousiasmant. Alice Baguet parvient à donner de la légèreté à ce sujet terrifiant. 


Merci à Alice Baguet,  Babelio et les Editions Vraoum pour cette bouffé d'air (qui sentait un peu les raviolis, mais bon).

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dimanche 2 août 2015

Cacher son je


Parfois tu avances et tu découvres au détour d'un virage ou d'une ruelle ce à quoi tu ne t'attendais pas. Un paysage, un objet, un personnage, un décor qui te prend là telle que tu es. Il t’époustoufle ou t'épouvante, peu importe, il te surprend. Il puise dans des ressources inhabituelles. Il te confronte. Il a cela de merveilleux : il sort de l'ordinaire. Il t'oblige. 
Il est des mots qui ont cette force. Tu es de celles qui puisent au hasard des livres. Tu ne sais que rarement ce que recèle celui que tu choisis. 
Mercredi dernier, tu as pris sous ton aile un texte de Kéthévane Davrichéwy. Tu te souviens avoir lu un échange entre elle et Alex Beaupain dans une revue. Cela t'avait plu. Tu ne savais pas qu'elle tutoyait le succès. Tu viens de découvrir un auteur. Les Séparées  est un texte qui t'a beaucoup rappelé La Mauvaise Rencontre de Philippe Grimbert. L'atmosphère en est proche, la réflexion autour de l'amitié et ses travers aussi. Kéthévane signe un ouvrage court à l'écriture précise et te promène dans des méandres qu'il n'est pas aisé de regarder en face.

Les Séparées, Kéthévane Davrichewy, Editions 10/18

mardi 21 juillet 2015

Nouveau monde

En cette année particulière où le dessin de presse à sauté à la face du monde, il était le fil conducteur que tu avais choisi pour un module en classe de seconde. Depuis septembre, tu ramais, les élèves nageaient, barbotaient, se noyaient entre dessins de presse et Bd de reportage. Tu leur ouvrais les portes d'un monde qui leur était inconnu et opaque. Ils ne tissaient aucuns liens entre l'actualité et ce type de dessins. De rares doigts s'étaient levés pour citer, en les estropiant, les noms des dessinateurs de Ouest-France et du Télégramme, pour le reste nada. Tu n'as pas lâché l'affaire. Tu leur as fait lire des entretiens entre Numa Sadoul et des dessinateurs. En ronchonnant pas mal, ils ont tourné les pages des Bd de Sacco, Chappatte et d'autres, visionné des petits reportages, jusqu'aux vacances de Noël. En janvier, tu allais pouvoir démarrer l'analyse du dessin de presse en tant que tel.

©Yacine - Le Ravi
Tu as eu cours avec eux le 8 janvier. Tout avait changé. Ils voulaient tout savoir. Ils avaient tous un avis. Passé le seuil de l'attrait du morbide, les débats ont été houleux, laborieux parfois : un manque crasse de culture nuit forcément à la compréhension des événements et de leur transcription médiatique. Ils ont compris que tu leur avais tendu les clés des portes d'un monde qui leur ouvrait l'esprit. Ils se sont intéressés de plus près à la réflexion que tu proposais. A leur tour, ils ont pris un crayon. Tout n'était pas bon, mais tu as pu afficher quelques dessins convaincants. Après avoir appris à décrypter les dessins d'auteurs renommés, ils ont analysé les dessins les plus probants de chaque classe. Il t'a semblé qu'ils étaient fiers de faire partie de ce monde nouveau pour eux.

Il faut être lucide, personne n'est venu relire une Bd de reportage (faut dire que les auteurs de celles du CDI ne sont pas morts dans de tragiques circonstances...), personne n'est venu reprendre non plus le très bon livre d'entretiens de Numa Sadoul. On y passe pourtant d'agréables moments en compagnie de Cabu, Charb, Kroll, Luz, Pétillon, Siné, Willem et Wolinski. Numa Sadoul avait mené ces échanges entre 2006 et 2009. Parus en 2014, ils demeurent en phase avec l'actualité.

Dessinateurs de Presse, Entretiens avec Cabu, Charb, Kroll, Luz, Pétillon, Siné, Willem et Wolinski, Numa Sadoul, Editions Glénat

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