samedi 2 mai 2015

Plume

Des ombres et des sons, des respirations et des mouvements...que de souvenirs et de sensations retrouvées.
Le Cirque Plume a bercé mes années lycée et fac, son chapiteau presque sous mes fenêtres, ses notes de musique accompagnant mes errances de jeune adulte. Le retrouver sur scène il y a quelques jours a été la source d'une émotion particulière. "Sourieuse", ai-je envie d'écrire. 
Un bonheur indescriptible, une poésie qui offre du rire et des larmes. 





Ressassant des images du spectacle et d'autres plus anciennes, je cueille des passages du bel Abécédaire du Cirque Plume réalisé par Bernard Kudlak, un des fondateurs de cette belle aventure. Des bribes d'histoires, des croquis, des photographies, de la poésie, des esquisses de spectacle : une malle aux trésors.

Abécédaire du Cirque Plume, Bernard Kudlak

mardi 14 avril 2015

Impossible ballade

Qu'est-ce qui m'échappe dans les livres de Murakami?
Quel est ce mystère qui me donne envie de lire, qui me pousse à chercher ce qui fascine tant de lecteurs et qui me traverse sans m'effleurer ?


La ballade de l'impossible, Haruki Murakami, Editions 10/18, traduction Rosa-Marie Makino-Fayolles

mardi 7 avril 2015

Le nuage et l'Original

A Brest en Bulles, le festival de bande dessinée de Brest, tu es restée plantée devant des dessins. Tu ne t'attendais pas à ce frisson-là. Tu sentais bien que depuis janvier, tu ne te débarrassais pas de ce nuage sombre, un peu collant. Tu ne savais pas que quelques traits de crayon t'époustoufrissonneraient à ce point. Les uns avançaient, et toi tu bloquais. Tu bloquais devant les dessins originaux et les photographies non officielles de l'expo hommage à Charlie. 

Le nuage s'est éclairci. Comme si la force de ces dessins l'avait désintégré. Tu relis, avec plaisir et voracité. 

Tu as acheté un recueil de dessins, hommage lui aussi. Très beau, très fort. Le comble pour un recueil de dessins, il commence par un texte : 
"Quand avec Choron, "mon frère", nous avons pris le risque de lancer Hara Kiri, puis Charlie Hebdo, nous n'avions pas l'intention de faire de l'humour - "faire de l'humour" ! Quelle dérision ! - mais bien de rire, de rire et de faire rire sans entraves, sans tabous et sans prétendre réformer les mœurs ou la morale.
Rien n'est sacré. Pas même le bon goût. Pas même le militant. Surtout pas le croyant. Ne croyant à rien de transcendant, nous n'avions rien à respecter. L'humour est un coup de poing dans la gueule. Cette phrase que je revendique fut notre profession de foi.
Rien n'est tabou, rien n'est sacré. Le partisan rit de son adversaire, le croyant rit du non-croyant d'en face. Ne croyant en rien, n'adhérent à rien, nous riions de tout et de tous. Le rire est brutal, provocateur, imprévisible, injuste, sans pitié. Il ne venge, ni ne punit, ni ne juge. Il s'en fout."
Extrait d'un texte de Cavanna, datant de 2012
  La BD est Charlie, Collectif d'auteurs, multi-éditeur

samedi 4 avril 2015

Partage sans concession

(Re)lire Matin Brun. 
L'évidente nécessité.

"Ce matin, Radio brune a confirmé la nouvelle. Charlie fait sûrement partie des cinq cents personnes qui ont été arrêtées. Ce n'est pas parce qu'on aurait récemment acheté un animal brun qu'on aurait changé de mentalité, ils ont dit.
"Avoir eu un chien ou un chat non conforme, à quelque époque que ce soit, est un délit."
Le speaker a même ajouté:
" Injure à l'Etat national."
Et j'ai bien noté la suite. Même si on n'a pas eu personnellement un chien ou un chat non conforme, mais que quelqu'un de sa famille, un père, un frère, une cousine par exemple, en a possédé un, ne serait-ce qu'une fois dans sa vie, on risque soi-même de graves ennuis." 

J'avais oublié que l'ami s'appelait Charlie. Je n'avais pas oublié le reste du texte. Je n'avais pas oublié le frisson glacial que procure cette lecture.
N'oublions pas de le glisser sous tous les yeux qu'on croise.
Une nouvelle édition illustrée par C215 est désormais disponible.
Inoubliable.
© C215 / The Chemistry Magazine

 Matin Brun, Franck Pavloff, Editions Albin Michel, illustrations C215

jeudi 2 avril 2015

J'ai bien connu ma mère

Parmi tes blogocop's, il y a des écriveuses. Plusieurs. La plupart noircissent les écrans, savent que quelques paires d'yeux lisent, mais on en reste là. Et puis il y a les courageuses, celles qui osent, et impriment ; les laborieuses, qui travaillent un texte de plusieurs dizaines de pages. Des centaines parfois. 
Par un pur hasard, le livre de L. et celui de C. ont un personnage principal commun: leur mère. Des histoires différentes bercées par les mots de ces filles aimantes. 
Le livre de Claude-Sophie est une fiction dont on sent bien la part de vérité s'emmêlant. Tu le lis d'une traite, emportée par un secret que tu espères décrypter avant tout le monde. Tu te laisses emporter par une vague amoureuse, empreinte d'une certaine nostalgie souriante. Celle que tu aimes. Celle qui te rappelle ta mère.

Comme L. , Claude-Sophie peint. Tu avais reçu en plein cœur les peintures qu'elles t'envoyaient quand tu en avais bien besoin.


J'ai bien connu ta mère, Claude-Sophie Gibrat, Editions du Net

samedi 28 mars 2015

Tu n'as jamais lu "Le Vieil Homme et La Mer"

Tu es depuis toujours de celles qui n'ont pas envie de lire les livres que tout le monde lit. C'est comme ça. Au collège et au lycée, tu lisais en diagonale les "z'obligatoires", et pendant que tes camarades de classe lisaient des livres de collégiens, tu lisais Boris Vian; aujourd'hui tu lis du roman jeunesse quand d'autres se passionnent (aïe) pour Marc Lévy (un pari stupide, et ce nom-là se retrouve écrit ici...).
Tu as ainsi quelques lacunes que tu combles en empruntant des sentiers peu fréquentés. 
Te voilà donc plongée dans la mer de ce vieil homme. Tu as choisi une adaptation dessinée. Parce que le dessin t'a beaucoup plus. Parce que la première page t'a bouleversée.























Te voilà dérivant sur une barque à la chasse à l'espadon. Chasse oui. Parce qu'avant l'hameçonnage, il y a la traque. Ensuite il y a l'errance.
C'est sûr dès lundi tu t'attaques au roman d'Hemingway.

Le Vieil Homme et La Mer, Thierry Murat, Editions Futuropolis

mardi 17 mars 2015

Modiano et moi

Modiano est entré dans ta vie il y a peu. Deux ans disons. Tu le connaissais, oui. Tu aimais écouter Frédéric Bonnaud en parler avec des grelots dans la voix. Parce que Bonnaud, il l'admire depuis le début, Modiano. Tu te souviens de cette fin d'après-midi de la dernière émission de ce Bonnaud-là, viré de France Inter parce qu'il y distillait un niveau de culture trop élevé (oui oui, c'était le motif officiel), tu te souviens donc que tu t'étais garée face à la mer, en rentrant du travail, pour entendre son au revoir et pleurer avec lui. Tu te souviens de la musique aussi. La BO des Deux Anglaises et le Continent. Il pleurait Frédéric Bonnaud. Toi aussi. Et encore, il parlait de Modiano.

Il fallait que tu lises. A l'évidence. Cela a pris du temps, et un dimanche de pluie, dans les cartons d'une bibliothèque qui faisait le vide, Dans le café de la jeunesse perdue t'a tendu les bras. Embarqué.

Tu lis. Enfin. Tu te laisses porter par ce texte. Il ne passe rien. Il se passe tout. La magie Modiano opère. Tu t'en délectes, tu savoures. Les mots justes. L'émotion simple et si pénible. L'entière contradiction de l'être. Tu aimes. Tu ne lis que celui-là. Il te ramène à des sensations connues, lointaines, tu connais les hommes et les femmes de ce livre. Tu reconnais leurs âmes.

Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier paraît quelques mois plus tard. Tu sais qu'il est pour toi. Tu le laisses fondre. Du gingembre confit: tout doux au commencement et puis brûlant.

Tu sais désormais que cette écriture-là  t'es devenue indispensable. Parce que. 

mardi 10 mars 2015

Recherche légèreté désespérément

© Editions Les Échappés

Tu ne sais peut-être pas que depuis le 7 janvier mon rapport à la lecture a changé. Mon rapport au monde a changé. 
En fait, je ne comprends toujours pas bien pourquoi tout cela me perturbe autant. 
Je me remets à lire, très peu, mais un peu. J'ai du mal à m'attacher aux mots. Ils étaient ma pommade, ils me glissent dessus sans presque plus me toucher. 
Alors je lis des textes courts, et beaucoup de documentaires utiles à mon travail, histoire de réapprivoiser mon monde des livres.
Je lis des textes drôles, mais ce qui me faisait rire me rend triste.

Même les fatwas de Charb. Zut alors.

Petit traité d'intolérance, Charb, Editions Librio, collection Idées

jeudi 12 février 2015

Dansez mots dessins


L'écriture de Laure coule au milieu des maux. De source. Elle puise dans ses douleurs personnelles une profondeur rare. Elle sait dessiner le tragique et te le faire apprivoiser. Elle sait. Elle a l'intelligence des mots et celle du trait. Ici elle t'emmène dans les méandres de la fin de vie en vrille, parfois elle te promène d'arbre en ruisseau, elle te tire les larmes quand elle te raconte un oiseau emprisonné. 
Elle est danseuse de vie. 


Le dément voyage, Laure Payen-Amaudry, non-édité à ce jour

samedi 10 janvier 2015

"Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte", Victor Hugo



Tristesse. Épouvante. Incrédulité. Indignation.
Tu as peut-être été élevé aux animateurs télé, ou aux albums pour enfants, ou aux histoires contées, que sais-je encore.
Ou comme moi, as-tu été nourri au "Petit Ménestrel" et aux dessinateurs de presse. Dans la maison de mon enfance pas de télévision, mais la radio, la presse et des livres. En abondance.
J'ai des souvenirs très précis du Canard Enchaîné, de Hara-Kiri, du Hérisson même, avant qu'il ne tourne un peu mal. J'avais le droit de regarder, j'étais fière de jouer à la grande qui lit le journal, j'avais les explications que je demandais. J'ai des souvenirs de Droit de Réponse. Pas de poste de télévision à la maison, mais chez mes grands-parents où on passait les week-ends et où j'avais le droit de regarder avec les grands cette émission qui me faisait un peu peur parce que les participants s'engueulaient souvent mais j'adorais ne pas comprendre et attendre que ma mère m'explique ce qui s'y était dit. 
Je n'ai jamais cessé de lire la presse, satirique tout particulièrement. A l'université, j'ai appris l'histoire des médias, de la presse, de sa liberté et de la censure.  Ma conscience politique et socioculturelle s'est forgée page après page, dessin après dessin.
J'ai des souvenirs de Cabu à Récré A2 chez les copines le mercredi. Elles attendaient les dessins animés, et moi j'étais scotchée par ce type rigolo qui dessinait l'émission.
Et le type rigolo s'est fait exécuté. Et ce n'est pas du cinéma. 
Charlie c'était pas Récré A2, mais on imagine bien l'ambiance de récréation qui sans aucun doute y régnait. La potacherie, la rigolade, les grandes discussions, les bousculades intellectuelles, les grosses disputes, les retrouvailles. La  L I B E R T E .
Bien que je n'y crois pas, j'ai envie d'imaginer que leur paradis est une grande cour dans laquelle ils resteront tous d'éternels grands enfants.

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