La relecture c'est mon truc à moi. Encore plus de plaisir que la lecture. Je ne sais pas d'où ça me vient.
Il y a les livres que je relis régulièrement d'une traite, ceux dont je relis des passages, une page, ceux que je feuillette pour m'arrêter sur un chapitre, et ceux que je relis par touche sur plusieurs semaines.
Quatre, cinq, je ne sais pas exactement. Je sais que la première fois c'était ma mère qui me l'avait mis entre les mains, je devais avoir 16 ans, 17 peut-être?
Cette lecture-ci a été particulière: je n'ai pas pleuré à la mort de Karénine, jusque-là, j'avais sangloté à chaque fois. Cela sonne peut-être le signal de la lecture ultime. Pourtant le reste du texte m'a touchée autant que les fois précédentes.
Rien ne vieillit, ni le style, ni les personnages, ni ce qu'ils vivent.
C'est véritablement le livre de l'intemporalité.
"J'ai toujours devant les yeux Tereza assise sur une souche, elle caresse la tête de Karénine et songe à la faillite de l'humanité. En même temps , une autre image m'apparaît: Nietzsche sort d'un hôtel de Turin. Il aperçoit devant lui un cheval et un cocher qui le frappe à coups de fouet. Nietzsche s'approche du cheval, il lui prend l'encolure entre les bras sous les yeux du cocher et il éclate en sanglots [...]
Et c'est ce Nietzsche-là que j'aime, de même que j'aime Tereza, qui caresse sur ses genoux la tête d'un chien mortellement malade. Je les vois tous deux côte à côte: ils s'écartent tous deux de la route où l'humanité, "maître et possesseur de la nature", poursuit sa marche en avant."
L'insoutenable légèreté de l'être, Milan Kundera, éditions Folio, traduction François Kérel
