samedi 18 janvier 2014

Quand quatre veut dire cinq

Hier j'ai croisé Hortense. Verdelaine. Bah si tu sais: une des soeurs d'Enid, je t'en ai déjà parlé. Mais si...les cinq soeurs qui habitent près de la falaise, leurs parents sont morts dans un accident de voiture. C'est bon? Tu vois de qui je parle?

©Cati Baur
Hortense est toujours aussi à part, mais elle a quelque chose de changé. Elle s'est inscrite à un cours de théâtre, visiblement ça lui réussi. Elle s'est même trouvé une amie, une jeune fille en convalescence dans la maison voisine. 
Ses soeurs? Elles ont l'air d'aller bien. 
Pourtant leurs traits ont changé...elles évoluent toujours sous le pinceau de Cati Baur, mais elles ont grandi et changé d'éditeur. On dirait qu'elles ont vieilli. 
Après tout cela n'a peut-être rien à voir avec l'édition, grandir et vieillir est peut-être aussi la raison d'être des personnages de bande dessinée. 
Je devrais prendre plus souvent de leurs nouvelles.

Quatre Soeurs, 2. Hortense, Cati Baur d'après Malika Ferdjoukh, éditions Rue de Sèvres

lundi 13 janvier 2014

Etre ou ne paraître

Te sentir invisible, c'est déjà arrivé. Tu es assise à une table et tu n'arrives pas à attirer l'attention du serveur,  dans la file d'attente, quelqu'un se faufile devant toi comme si tu n'existais pas. Tu n'en fais pas cas, tu n'es jamais pressée et tu te fous des apparences si nécessaires à tant d'autres.

Tu n'es pas seule. Une société secrète a fait de la non-apparence son art de vivre. La discrétion comme credo. Elle garde jalousement son secret, rares sont les heureux initiés, et pourtant elle dérange. Un comble.

Arnaud le discret / source My Space

De son univers totalement décalé, Arnaud Le Gouëfflec signe ici un roman d'un nouveau genre, un roman pour lequel on pourrait imaginer une rubrique intitulée "conte-policier".





Les Discrets, Arnaud Le Gouëfflec, éditions Ginkgo

samedi 11 janvier 2014

Humaniste

Je l'avais lu Lulu, tout au début. Et je l'ai relu. Parce que Etienne Davodeau c'est mon pansement, ma douceur, mon chocolat, mon doudou. Mon roi de la simplicité. Mon poète dessinateur.
Lui il sait. Il sait que les choses simples sont les plus subtiles, il sait que les choses simples sont les plus belles, il sait qu'elles touchent en plein, que l’esbroufe ne sert à rien, que le superflu est ce qu'il est, que les gros sabots ne vont qu'aux chevilles enflées.


Lulu Femme Nue, Etienne Davodeau, éditions Futuropolis

mardi 7 janvier 2014

Le roman jeunesse

Dès le collège, j'ai commencé à piocher mes lectures dans les rayons adultes de la maison et de la bibliothèque. Je suis passée de la case enfant à la case adulte, sans passer pas le roman-jeunesse. Comme s'il n'existait pas.
Et puis j'ai été bénévole dans une bibliothèque où le rayon jeunesse n'intéressait pas grand monde. Alors pour pouvoir orienter les adhérents, j'ai lu. Beaucoup, et plutôt de belles choses. Aujourd'hui, les lectures de la jeunesse occupent le quotidien de mon travail et je suis heureuse lorsque je découvre de petits trésors qu'il ne me reste plus qu'à positionner de belle façon sur la table des nouveautés pour qu'ils aient envie d'y plonger.

Dans la liste de Masse Critique, ce livre-là ne m'a pas titillé tout de suite, parce que le titre ne me plaisait pas. Le résumé, lui me tentait. J'ai hésité un peu et je l'ai coché...un petit clic qui vaut de l'or.
Ce premier roman est un véritable road-movie, adapté aux ados sans les prendre pour des gamins, sans mièvrerie. On y croise la férocité de la jeunesse, sa naïveté, sa fraîcheur et son humour sur un fond dramatique.
La violence de la vague qui claque avant de se retirer en douceur.
























Merci aux éditions Sarbacane et à Babelio de cette belle découverte.

Je suis sa fille, Benoît Minville, éditions Sarbacane, collection X'

lundi 16 décembre 2013

Moi aussi, sur le rivage

Je ne comprends pas bien quel est mon problème avec Murakami. Je lis sans me lasser, je suis fascinée par moments, et pourtant je n'arrive pas à aimer. Je dois passer à côté d'un truc.
Au fil des pages, je sens monter un malaise identique à celui qui me clouait dans mon fauteuil lorsque courageuse et laborieuse étudiante de cinéma j'allais voir les films de Kurosawa. Y a quelque chose qui m'échappe dans la culture de l'onirisme mais je ne sais pas exactement quoi.
Je trouve très déstabilisant de ressentir à la fois malaise et fascination, d'avoir envie de passer à autre chose mais de ne pas pouvoir m'empêcher d'aller jusqu'au bout, de cauchemarder autour du livre pour mieux le reprendre le lendemain, et de finalement n'en garder quasiment pas de trace, sauf cette sensation étrange de dualité.
Il serait un peu sorcier ce Murakami, que ça ne me surprendrait qu'à peine.


Kafka sur le rivage, Haruki Murakami, éditions 10/18, traduction Corinne Atlan

dimanche 15 décembre 2013

Tonton Raymond

Ce qu'il y a de bien avec les photos de Raymond Depardon, c'est que tu poses les yeux dessus comme tu le ferais si tu trouvais un carton de photos de vacances dans le grenier de ton grand-père.

Tiens, regarde cette boulangerie dans laquelle vous vous arrêtiez le matin sur la route des vacances, avant que la nationale ne contourne cette jolie petite ville.

©Raymond Depardon
Ce qu'il y a d'un peu angoissant avec les photos de Raymond Depardon, c'est que tu crois avoir sous les yeux des images vieilles d'une trentaine d'années avant de réaliser qu'elles ont toutes été commises ces dix dernières années. Cet air d'un pays qui se serait arrêté de vivre te fait un peu flipper.

©Raymond  Depardon 
Ce qu'il y a de déroutant avec les photos de Raymond Depardon, c'est que tu te dis que l'imagination de Plonk et Replonk n'est pas aussi décalée qu'elle n'en a l'air.

©Raymond Depardon
©Plonk et Replonk
Ce qu'il y a de touchant avec les photos de Raymond Depardon, c'est que même quand elles diffusent des impressions mitigées elles te laissent une petite trace qui ne s'effacera pas de si tôt.

La France de Raymond Depardon, édité au Seuil par la BNF

Petit petit petit petit

Faire aimer la photographie animalière aux enfants, rien de plus simple. Ils se réjouissent tous de passer du tigre à la baleine au fil des pages. Encore plus intéressant s'il s'agit des rejetons de chaque espèce. C'est mignon, c'est drôle en général et ça marche à tous les coups.
Ça marche tellement à tous les coups, que parfois il suffit d'aller piocher des images libres de droit sur le net (sur Shutterstock par exemple), d'y ajouter un texte plus ou moins bateau et le tour est joué.

Ayons une pensée pour tous les photographes qui attendent une vie sans jamais être publiés.

Je remercie Babelio et les éditions de la Grenouille de m'avoir fait découvrir à quel point la photographie est un art qui se "partage" avec ou sans scrupules...


Mon livre des bébés animaux, David Bourbon, éditions La Grenouille

mercredi 27 novembre 2013

Lettre à Bjarni

J'ai lu ta lettre ce matin. Si je n'étais déjà morte depuis longtemps, elle m'aurait achevée.
Non mais, Bjarni.
Je n'ai jamais rien dit à personne, je me suis enflammée pour toi, je brûlais sous ton regard, sous tes caresses. Entendre ta voix me faisait battre le coeur à tout rompre, des étincelles me parcouraient des pieds à la tête.

Non mais, Bjarni.
Tu m'as laissée me consumer. Tu m'as refusé notre fille. Tu m'as gâchée.

Et tu écris désormais ta douleur et ton amour pour moi...
Non mais Bjarni. Bjarni de Kolkustadir, qui es-tu pour coucher de la sorte les replis de ton âme sur le papier ? Qui imagines-tu que je fus pour supposer que je sois flattée de t'émouvoir autant que ton nouveau tracteur?
Non mais Bjarni. Et te satisfaire d'une agnelle pour épancher ton désir à mon endroit...

J'aurais pu aimer te lire. J'aurais pu apprécier ta poésie par-delà la puanteur des moutons, j'aurais pu accepter tes dérives, j'aurais pu comprendre ta volonté de rester, j'aurais pu.
Si tu n'avais pas attendu que je ne sois plus.

J'étais vivante. Je t'aimais. Je suis morte.

***

J'ai lu La Lettre à Helga d'une traite, le jour où je l'ai reçue. Je ne l'ai pas aimée. Je n'ai pas compris pourquoi ce texte me hérissait. Je l'ai relu. Je me suis rendue compte que cette écriture trop travaillée exacerbait la lâcheté de Bjarni et me le rendait totalement insupportable. Je n'ai pas lu dans ses lignes la profondeur qui a émue tant de lecteurs. Je suis peut-être passée à côté, à moins que je sois entrée en plein dans ce que cherchait Bergsveinn Birgisson.

J'ai reçu et lu cette Lettre dans le cadre des matchs de la rentrée Priceminister que je remercie ainsi que les éditions Zulma, qui d'ordinaire me transportent...


Le Lettre à Helga, Bergsveinn Birgisson, éditions Zulma, traduction Catherine Eyjolfsson

dimanche 3 novembre 2013

Ticket

C'est assez simple, en fait...ça commence par une histoire d'huîtres à huit heures du matin, suivent un homard et des rames, pour finir au bord de la mer.

Entre deux, il y a de l'amour, du désamour, de l'amitié, de la haine, du théâtre, de la musique, des regards et des  bretzels. Des corbeaux aussi. Quoi tu comprends rien... c'est pourtant pas si difficile, regarde:
"Un usager insensible peut parfaitement trouver son trajet monotone. Il passe son chemin un chaperon sur les yeux, sans goûter la poésie d'une infiltration nouvellement apparue, sans s'intéresser à la menace d'un dégât des eaux, ignorant que le métro à l'âge de ses galeries.
Les gens ne regardent pas autour d'eux. Ils ne font d'ailleurs pas plus attention à la coiffure de leurs femmes qu'au fait qu'elles se soient rasé la moustache. C'est peut-être un problème d'éducation. On passe à côté de sa vie."
Ah pardon, tu n'avais pas tilté pour le métro...le titre, le "ticket", les rames ça suffisait pas.

Bon.

Alors soyons plus académique. Il s'agit d'un livre d'un jeune auteur qui comme son personnage principal est une voix: il est acteur et double les films étrangers. (C'est chiant en fait, hein quand c'est un peu académique).
Le style de Stéphane Ronchewski oscille entre la poésie surréaliste et le dialogue de série télé, et crois-moi cela donne un mélange très drôle et aéré, alors que c'est un livre finalement très pessimiste. Cette écriture très moderne se croque à pleines dents...et pas seulement parce qu'il y est beaucoup question de nourriture.

Au fil des pages, me sont revenus en mémoires quelques passages des Poissons ne connaissent pas l'adultère de Carl Aderhold, on y retrouve cette belle idée que de jolies choses sont possibles dans les transports en commun. Très vite le sens des réalités refait surface et engloutit les jolies choses tant espérées.

Je remercie Babelio et les éditions de la Martinière de m'avoir permis de découvrir cet auteur au nom pas très facile à retenir mais que je vais suivre attentivement.

Pour Invalides changer à Opéra, Stéphane Ronchewski, éditions de la Martinière

Millénium

Ma première rencontre avec Blomkvist a été un peu chaotique. Je devais attendre mon tour à la bibliothèque avant d'avoir le plaisir de passer quelques heures avec lui. 
Faut dire qu'il sentait encore l'encre et venait juste de pointer son nez dans les rayonnages francophones et qu'il était la coqueluche de la cité. 
Je ne peux pas dire que j'ai succombé à son charme dans l'immédiat. La place de détective au charme indéfectible étant déjà occupée par deux concurrents de première classe, Adamsberg et Erik Winter, il avait du boulot le Mikael. Mais je sentais bien que quelque chose  de sérieux se tramait entre lui et moi.

Alors j'ai eu envie de le voir sur grand écran...c'était pas lui, c'était Daniel Craig. 
J'ai observé ses traits sous le pinceau de José Homs, il ne ressemblait pas non plus au Mikael que j'avais rencontré.

Cet été, je l'ai trouvé affalé dans une caisse sous une table, aux puces. Je l'ai pris délicatement et l'ai porté sous mon manteau pour le protéger de la pluie qui tombait. De retour à la maison, je nous ai installés confortablement, et j'ai reposé me yeux sur lui. 
Il m'a plu, au moins autant que la première fois.

Millénium, Stieg Larsson, éditions  Actes Sud, traduction Lena Grumbach et Marc De Gouvenain
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